Les récentes impulsions données par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel à la veille des élections européennes du 7 Juin, rappellent opportunément les véritables enjeux collectifs en cause. Il est essentiel d’arracher l’électorat européen à sa torpeur coupable ! Depuis les débuts du processus d’unification européenne, en 1949 avec d’abord la création du Conseil de l’Europe, puis dans les années cinquante avec l’avancée spectaculaire et chaotique que constituait l’émergence contrariée des premières Communautés européenne, l’Europe politique n’en finit pas de relever la tête ! Nous sommes toujours dans la querelle entre maximalistes et minimalistes, à celà près que l’Europe de 2009 ne ressemble en rien à celle de 1954 !
Contrairement à tous les dogmes simplificateurs, l’Europe est Une, bien que singulièrement différenciée ! Mais la géographie reste immuablement en avance sur l’Histoire qui peine désespérément à franchir le pas de sa propre logique. Les mentalités et la capacité d’éveil politique de nos concitoyens de l’Union faillit désespérement dans leurs propres mises à jour historiques ! Des bouffées d’espérance étaient perceptibles à la fin des années quarante. Mais on ne quitte pas la classe à peine dépassé l’âge de raison présumée !
L’effet "Lego" des Communautés européennes, puis de l’Union ne suffit pas à provoquer le miracle politique qu’il nous faut pour accéder à la normalité requise. Les eurocraties se sont longtemps substituées aux anémies politiques, faisant jouer au "fonctionnaire" un rôle de moteur politique qui n’est pas le sien.
Seul un soutien populaire global et massif peut générer "l’électrochoc" démocratique qui durablement crédibilisera aux yeux de tous l’émergence d’une authentique union de l’Europe, fusionnée aux Européens eux-mêmes..
J’ai souvenance de ces mêmes débats et suppliques dans le désert des années cinquante et soixante, lorsque je publiais les premiers écrits sur le "néologisme politique " de "supranationalité" ! Il s’agissait alors d’anticiper. La supranationalité est devenue vitale aujourd’hui, face à une donne radicalement différente et multipolaire.
Ceux qui critiquent à juste titre les eurocraties opaques doivent enfin se manifester massivement lorsque l’occasion leur en est donnée ; sinon ils se font les fossoyeurs de leurs propres tombes. La bonne volonté et les efforts de dirigeants, aussi motivés fussent-ils, ne suffit pas. Les progrès institutionnels de l’Europe exigent l’abandon des inhibations coupables de l’électorat. Le masochisme politique ne mène qu’à la passivité et à l’aliénation. La démocratie est un processus en continu, elle ne consiste pas à montrer du doigt tous azimuts, durant les "récréations" !
"Aux urnes citoyens" ! Les tenants du "vas-y à ma place" et du "de toutes façon ça ne sert à rien !" sont les complices de leur propre perte ainsi que de celle de la collectivité européenne qui crie famine pour sa démocratie ainsi anémiée ! Plus qu’à d’autres régions d’Europe et du monde, l’Union européenne nous a donné des atouts d’exemplarité que nous ne saurions mépriser et gâcher ! La liberté n’est jamais théorique, elle est un processus au long cours auquel nous aurons dans quelques jours l’occasion de donner un souffle historique nouveau.
Même une Amérique nouvelle et novatrice ne peut se passer d’ une chambre de résonnance européenne et internationale. Barak Obama, en se rendant à Paris puis au Caire notamment, le sait. Ce tango là se danse à plusieurs couples à l’unisson, si possible ! Or, là aussi les chorégraphies sont encore incertaines, on l’a vu hier à Jérusalem et à Ramallah ; on risque de le voir demain au Caire et à Ryad sur fond de troubles-fêtes à Téhéran à Pyong-Yang ou au Pakistan, un pays dont les ambiguités conjuguées pèsent lourd..
Dans un contexte mondialisé, l’émergence d’une nouvelle "internationale" de terroristes et de " trouble-fête" pose un véritable problème de gestion collective !
La mise en forme d’une "partition" internationale faite d’autant de points d’exclamation que d’interrogation n’en facilite ni la lecture ni la compréhension. L’Union européenne doit aujourd’hui pouvoir constituer un corps d’harmonie, sinon fédérateur au niveau international,tout au moins à la fois crédible et audible pour tous. Chacun,dirigeant et citoyen doit y contribuer. L’Europe ne saurait demeurer une sorte de brocante, même de luxe ! Elle ne peut évoluer sans l’écho des peuples souverains ; or il n’est point d’écho dans le silence ou dans le vide des isoloirs. Il n’est pas davantage de souveraineté dans le mutisme et dans la multiplication des torpeurs.
