Voilà près de six ans que les Occidentaux ont essayé d’arrêter le programme nucléaire iranien. Et qu’ils ont échoué. Au contraire, l’enrichissement de l’uranium est devenu un objet de fierté nationale pour les Iraniens et un critère de souveraineté. Le programme a été intensifié au lieu d’être ralenti, en réponse à la pression internationale. Résultat : l’Iran peut devenir à la fois un Etat doté d’armes nucléaires, hostile à l’Occident, dans une région qui a une importance considérable pour la sécurité et la prospérité de ce dernier. Pour sortir de ce dangereux cul-de-sac stratégique, les dirigeants occidentaux doivent faire machine arrière et repenser leur politique.
Voici cinq initiatives, de la plus modeste à la plus ambitieuse, qu’ils devraient prendre rapidement en considération.
Arrêter les sanctions
Les sanctions ne marchent pas. Selon une étude américaine officielle, « l’insertion de l’Iran dans le commerce international et son rôle majeur dans la production énergétique rendent difficile pour les Etats-Unis d’isoler l’Iran et de faire pression sur lui pour qu’il limite sa politique de prolifération et son soutien au terrorisme ».
Reprendre les négociations
Pour ce faire, la pré-condition selon laquelle Téhéran devrait d’abord suspendre tout programme d’enrichissement de l’uranium, telle qu’elle a été formulée par le Conseil de sécurité de l’ONU, doit être abandonnée. Il paraît exclu que l’Iran accepte cette clause comme il paraît irréaliste de penser que les négociations pourraient déboucher sur la fin de l’enrichissement et du traitement de l’uranium. En 2003, la direction iranienne, sous la présidence Khatami, craignant une attaque américaine, avait proposé à Washington un accord incluant une reconnaissance indirecte d’Israël et un arrêt de l’aide apportée au Hamas et au Hezbollah. Mais même à cette époque, l’Iran avait insisté sur le fait qu’il avait l’intention de poursuivre son programme nucléaire civil sous le contrôle renforcé de l’AIEA. Aujourd’hui, Shireen Ebadi, militante des droits de l’homme et prix Nobel de la paix, affirme qu’aucun gouvernement iranien ne renoncera à ce programme. Le meilleur résultat que des négociations peuvent produire maintenant serait que l’Iran accepte des droits de contrôle élargis de la part de l’AIEA, en échange d’une reconnaissance de son programme nucléaire. Ce serait au moins un progrès par rapport à l’état actuel des choses.
Lancer une politique de détente
La politique occidentale de confrontation a renforcé en Iran les groupes politiques favorables à la répression à l’intérieur et à la méfiance à l’extérieur, éventuellement appuyée sur l’armement nucléaire. Si l’Occident relâche sa pression sur l’Iran, le soutien pour les durs devrait diminuer et l’option nucléaire deviendrait moins urgente. Cela permettrait aussi d’attirer l’attention internationale sur d’autres sujets tels que les violations des droits de l’homme et les retards économiques. En se focalisant uniquement sur le programme nucléaire, les Occidentaux ont négligés ces problèmes.
Une stratégie de détente exigerait que l’Occident affirme le droit de l’Iran à enrichir des matières nucléaires à des fins civiles sous l’égide du TNP et fasse des propositions convaincantes pour régler des problèmes en suspens concernant la sécurité régionale. Dans la mesure où la confrontation est d’abord entre Téhéran et Washington, il reviendrait aux Etats-Unis de prendre l’initiative. Heureusement, les deux candidats à l’investiture démocrate ont manifesté leur intention d’aller dans cette direction. Les gouvernements européens, au lieu de chercher à surpasser les durs américains, devraient adopter une position similaire, même si la Maison Blanche reste entre les mains d’un Républicain. Le gouvernement iranien, qui profite de la tension, ne serait pas en mesure de refuser indéfiniment un accord sans risquer de perdre ses soutiens internes et externes.
Préparer un partenariat à long terme avec l’Iran
Les Occidentaux doivent être conscients de l’immense avantage d’une relation de coopération étroite avec ce pays. Les partenariats entre Etats sont fondés sur un examen froid des intérêts communs et des divergences. Les gouvernements occidentaux ont des liens étroits avec beaucoup de pays aux régimes tout aussi contestables. Si la Russie, la Chine, l’Arabie saoudite peuvent être des « partenaires stratégiques » pourquoi pas l’Iran -un pays avec une population éduquée, une société civile vivante, des liens sociaux et culturels multiples avec l’Occident, et un intérêt partagé pour la stabilité régionale ?Pour l’Occident, l’intérêt d’une coopération étroite avec le pays qui possède les deuxièmes réserves mondiales de pétrole et de gaz, un pays essentiel dans le Golfe, devrait être évident, de même qu’il est évident que l’hostilité permanente entre l’Iran d’une part, l’Europe et les Etats-Unis d’autre part est contraire aux intérêts de tous. Le principal obstacle à un partenariat avec l’Iran est l’attitude de Téhéran vis-à-vis d’Israël -dont l’exemple le plus détestable est la déclaration du président Ahmadinejad sur le fait qu’Israël doit « être rayé de la carte ». Les Occidentaux doivent donc faire dépendre leur offre de partenariat stratégique d’une révocation formelle de cette déclaration.
Revenir à un sens des proportions
L’Iran continuera à construire sa bombe, que l’Occident continue sa politique de confrontation ou qu’il s’engage sur la voie de la coopération. Bien que ce soit hautement regrettable, ce ne devrait pas être la catastrophe annoncée. L’Iran a déjà une position influente dans la région, avec ou sans armes nucléaires. Et alors que le statut nucléaire d’Israël n’a pas accéléré la prolifération dans la région, pourquoi l’armement nucléaire de l’Iran devrait-il le faire ? Bien plus, les Occidentaux continuent de posséder des armes de dissuasion et d’endiguement qui ont bien marché pendant la guerre froide. Si l’Iran devait envisager d’utiliser l’arme nucléaire, la perspective d’une contre-attaque massive qui en ferait la première victime d’une telle folie est toujours crédible. Les dirigeants iraniens ne sont pas suicidaires. La dissuasion peut fonctionner.
