Psychose d’attentat en Allemagne

En fin d’après-midi, le vendredi 22 juillet, un jeune homme de 18 ans, allemand d’origine iranienne, a tiré dans la foule dans un restaurant McDonald puis dans un centre commercial de Munich, faisant neuf morts et plus d’une vingtaine de blessés. Il s’est ensuite donné la mort dans un parc avoisinant. Ses motivations restaient floues, samedi en fin de matinée. Après avoir parlé d’une « situation terroriste aigüe », la police bavaroise a levé le dispositif de sécurité. Même s’il s’agit d’un acte individuel sans arrière-plan politique, cette fusillade relance la psychose de l’attentat en Allemagne.

Madrid, Londres, Bruxelles, Paris puis Nice, pour ne parler que de l’Europe, l’Allemagne avait été jusqu’à maintenant pratiquement épargnée par les attentats liés à la situation au Moyen-Orient, qui ont suivi le 11 septembre 2001. Est-ce la fin de cette « impunité » ?
L’émotion est d’autant plus forte que la fusillade de Munich intervient quelques jours seulement après l’attaque à la hache dans un train de banlieue dans la région de Wurtzbourg, perpétrée par un jeune Afghan ou Pakistanais, de 17 ans, arrivé quelques semaines auparavant en Allemagne et placé récemment dans une famille d’accueil. L’Etat islamique a revendiqué cet attentat.
Mais samedi en fin de matinée, rien n’indiquait que l’acte de Munich ait été politiquement motivé. Pour le président de la police de Munich, Hubertus Andrä, l’auteur n’avait manifesté aucun intérêt pour l’Etat islamique. Il semblait en revanche souffrir de problèmes psychiques et avait suivi un traitement psychiatrique.

Coïncidences

Il n’en reste pas moins que cette coïncidence nourrit une psychose d’attentat qui ne se limite plus à quelques pays européens. L’Allemagne a eu sa part dans les années 1970 et 1980. En 1972, un commando de Palestiniens appartenant à Septembre noir avait pris en otages l’équipe israélienne aux Jeux olympiques de Munich. Les onze athlètes israéliens avaient été tués ainsi qu’un policier allemand et cinq des huit preneurs d’otages. Ce fut ensuite la campagne d’attentats menée par la Fraction armée rouge, connue aussi sous le nom de bande à Baader, contre des personnalités du monde politique, économique ou judiciaire allemand.
Mais ce terrorisme d’extrême-gauche a été peu à peu étouffé et à part une fusillade contre une bus de soldats américains à Francfort qui avait fait deux morts puis un attentat manqué à la gare de Bonn en mars 2014, l’Allemagne n’a pas connu les mêmes drames que d’autres capitales européennes, même si elle devait vivre aussi sous la menace.

Prudence au Moyen-Orient

Elle le devait à son modeste engagement diplomatique et plus encore militaire dans les crises du Moyen-Orient. Sans doute l’Allemagne a-t-elle envoyé un contingent en Afghanistan dans les forces internationales. Mais le chancelier Gerhard Schröder avait été, en 2003, un critique de l’intervention américaine contre Saddam Hussein, en compagnie de Jacques Chirac et de Vladimir Poutine. Angela Merkel, au contraire, en tant que présidente de la CDU, avait approuvé la politique de George W. Bush.
En 2011, l’Allemagne s’était abstenue lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU avait approuvé la création d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye, qui devait conduire à une intervention militaire de l’OTAN et à la mort de Kadhafi. Contre Daech, la contribution de l’Allemagne à la coalition internationale est des plus modestes. Après les attentats de Paris du 13 novembre, la France en avait appelé à la solidarité de ses partenaires européens. L’Allemagne avait décidé d’envoyer des avions de reconnaissance. Elle contribuait aussi à l’armement et à la formation des combattants kurdes.
La situation allemande n’est donc pas comparable à l’engagement français. Certains observateurs, à tort ou à raison, estiment que cet engagement explique, au moins en partie, que Daech ait ciblé la France.
Le chef de la police de Munich a insisté sur le fait que le tireur du centre commercial n’avait aucun rapport avec la question des réfugiés. Il s’agit pour les autorités d’éviter un amalgame qui ferait le jeu de l’extrême-droite et des mouvements populistes.