Quatre prétendants chez les travaillistes britanniques

La liste des prétendants à la direction du Parti travailliste est close depuis le 15 juin. Après sa défaite, le 7 mai dernier, Ed Miliband a laissé la place. Ils sont quatre à briguer sa succession : deux femmes, Liz Kendall et Yvette Cooper ; deux hommes : Jeremy Corbyn et Andy Burnham. Ils représentent les diverses sensibilités travaillistes, de la gauche socialiste au centrisme blairiste. Le vainqueur mènera la bataille pour tenter de reconquérir le pouvoir en 2020. Résultat le 12 septembre.

Photos par Wikimedia Commons (Steve Punter;daliscar1 ;acumenimages.com;David Hunt ;
Yvette Cooper, Liz Kendall, Andrew Burham et Jeremy Corbyn

Comme les socialistes français, les travaillistes britanniques sont tiraillés entre la tentation d’un retour au centrisme façon Tony Blair et celle d’un coup de barre à gauche. Après leur nouvelle défaite électorale, le 7 mai dernier, et la démission de leur leader, Ed Miliband, ils se divisent sur le choix de la meilleure stratégie pour revenir au pouvoir dans cinq ans. Les uns reprochent à Ed Miliband d’avoir « gauchi » la ligne du parti en prenant appui sur les syndicats et en critiquant les chefs d’entreprise. Les autres appellent au contraire à une vraie politique de gauche qui rompe franchement avec l’héritage du blairisme.

Des quatre candidats qui se sont lancés dans la course à la succession, deux incarnent, plus nettement que les autres, les deux positions antagonistes. Du côté gauche, Jeremy Corbyn, le plus âgé (66 ans) et le plus « frondeur », est un vieux militant socialiste (il est membre du Socialist Campaign Group, qui réunit les parlementaire travaillistes les plus anti-blairistes) et un protestataire déterminé (il a combattu l’engagement du Royaume-Uni en Irak, condamné l’armement nucléaire, dénoncé l’austérité). Elu depuis 1983 de la circonscription d’Islington North, dans le grand Londres, il vient d’y être réélu avec plus de 60% des voix. Il est partisan notamment d’une renationalisation des chemins de fer, d’une hausse du salaire minimum, d’une augmentation des impôts des plus riches.

Du côté droit, Liz Kendall, la plus jeune des quatre (44 ans) et la plus novice (elle est élue depuis 2010 de la circonscription de Leicester West), était chargée des personnes âgées et du « care » dans le cabinet fantôme d’Ed Miliband. Elle affirme n’être ni Old Labour ni New Labour mais représenter « le Labour d’aujourd’hui et de demain ». Face à des concurrents plus expérimentés, elle joue la carte du changement. Pro-européenne convaincue, elle est soutenue par les Blairistes et parfois surnommée par ses adversaires Blair Witch Project, d’après le film du même nom qui raconte l’histoire d’une sorcière (Witch) vivant dans la forêt de Blair. Bien qu’elle se défende d’être proche de l’ancien premier ministre, aujourd’hui très impopulaire, elle est qualifiée par certains de « kamikaze blairiste ».

Les deux autres candidats, Andy Burnham, 45 ans, et Yvette Cooper, 46 ans, ont adopté des positionnements moins marqués. Tous deux anciens ministres de Gordon Brown, tous deux membres du cabinet fantôme d’Ed Miliband, le premier à la santé, la seconde à l’intérieur, ils font figure de favoris pour la succession de l’ancien leader. Elu de Leigh, dans le grand Manchester, depuis 2001, Andy Burnham s’est donné une image de gauche en s’opposant, comme ministre de la santé dans le cabinet fantôme, à toute libéralisation du système de santé, s’éloignant du blairisme et encourant parfois le reproche d’opportunisme. Il a concouru sans succès à la direction du parti en 2010.

Yvonne Cooper, 46 ans, épouse d’Ed Balls, numéro 2 du parti en tant que chancelier de l’Echiquier dans le cabinet fantôme, a travaillé dans sa jeunesse pour Bill Clinton, alors candidat à la présidence des Etats-Unis. Elle est élue, depuis 1997, de la circonscription Pontefract and Castleford (devenue Normanton, Pontefract and Castleford après un redécoupage), dans le West Yorkshire. Moins connue que son rival Andy Burnham, elle estime que le moment est venu d’élire pour la première fois une femme à la tête du Parti travailliste. The Daily Mirror, proche des travaillistes, pense qu’elle pourrait, mieux que ses concurrents, gagner des voix dans l’électorat écossais et dans celui des femmes. Ses partisans considèrent qu’elle se situe à égale distance du centrisme blairiste et de la gauche travailliste.

L’équation que devra résoudre le futur chef du Labour est complexe. Pour l’emporter en 2020, les travaillistes doivent à la fois reconquérir une fraction des suffrages qui se sont portés massivement en 2015 sur le Parti national écossais, récupérer une partie des voix recueillies à leurs dépens par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et disputer au Parti conservateur les votes centristes. Les quatre candidats qui briguent la succession d’Ed Miliband après avoir obtenu le parrainage d’au moins 35 députés vont donc tenter de prouver aux militants et sympathisants du Parti travailliste qu’ils sont capables de répondre à ces diverses exigences. Le premier débat télévisé qui les a opposés le 17 juin a ouvert les hostilités. Le quotidien The Guardian a relevé leurs meilleurs moments. Yvette Cooper a su émouvoir en racontant comment les aides sociales l’ont aidée à s’en tirer lorsqu’elle est tombée malade il y a vingt ans. Jeremy Corbin a touché l’auditoire en évoquant les pauvres qui dorment et mendient dans les rues. Liz Kendall s’est présentée avec conviction comme la candidate du renouvellement. Andy Burnham a clarifié son attitude à l’égard de Tony Blair en rappelant que celui-ci a gagné trois élections mais qu’il faut aussi tirer la leçon de ses erreurs. Le résultat du scrutin sera connu le 12 septembre.