Nicolas Sarkozy a parlé et agi au nom de l’Europe. Il est allé à Moscou, à Tbilissi, à New York, à Camp David, pour porter le message sur lequel les Vingt-Sept s’étaient mis d’accord. Et quand ils n’avaient pas eu encore l’occasion d’en discuter, M. Sarkozy a anticipé leur soutien. Dans les premiers temps au moins, il ne s’est pas embarrassé de consulter les instances bruxelloises ou d’associer à ses déplacements les personnalités auxquelles les institutions européennes confèrent quelque pouvoir théorique. Ni le président de la Commission José Manuel Barroso, ni Javier Solana, le Haut Représentant pour la politique extérieure et de sécurité commune, n’ont eu leur mot à dire. Le président de la République français qui se considère, au moins pour six mois comme le président de l’Europe, les a pris de vitesse.
Imaginons que le traité de Lisbonne soit déjà en vigueur. Que le Conseil européen soit doté d’un président « stable » (élu pour un mandat de deux et demi, renouvelable une fois). Il aurait été contraint de réunir le Conseil européen, de prendre l’avis des chefs d’Etat et de gouvernement des vingt-sept pays membres, de se concerter avec le président de la Commission et son vice-président, qui sera en même temps le responsable pour la politique étrangère. Il aurait été obligé de tenir compte du titulaire de la présidence tournante, qui n’est pas abolie par le traité de Lisbonne… Rien ne dit que ce président soit une personnalité connue sur la scène internationale : on peut faire confiance aux vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement pour ne pas se créer de toutes pièces un concurrent.
Est-ce à dire que le système de rotation actuel est satisfaisant ? Certainement pas. Et l’activisme européen de ces dernières semaines tient beaucoup aux qualités personnelles de Nicolas Sarkozy. Mais la question du leadership en Europe et pour l’Europe reste entière, avec ou sans le traité de Lisbonne.
