Réflexions sur la ’’guerre contre le terrorisme’’

Sept ans se sont écoulés depuis les attentats du 11 septembre 2001. Depuis cette date, aucune attaque terroriste n’a été menée avec succès sur le sol des Etats-Unis. Al Qaida n’a cessé d’être refoulé en Irak, où il continue à perdre ses soutiens. Mais le cœur d’Al Qaida continue d’être actif : l’organisation a tout à la fois accru le nombre de ses attaques à l’échelle mondiale et étendu le théâtre de ses opérations. Ces faits conduisent à des analyses très différentes sur l’état de la menace terroriste, avec une polémique sur la meilleure stratégie à adopter. Source : "Rethinking the post-9/11 strategy", article de Alexandra Marks dans le Christian Science Monitor (1er août 2008). Traduction LD.

La Rand Corporation vient de lancer un débat en publiant un rapport destiné au Département de la Défense qui conclut que la « guerre contre le terrorisme » a échoué dans son objectif de miner les capacités opérationnelles de Al Qaida. Le rapport suggère de « repenser fondamentalement la stratégie américaine anti-terroriste » telle qu’elle avait été définie après le 11 septembre. Une des recommandations principales du rapport demande de remplacer l’expression « guerre contre le terrorisme » par le terme plus neutre de « contre-terrorisme ».

« Les terroristes devraient être perçus et décrits comme des criminels, non pas comme des guerriers de la foi, et notre analyse suggère qu’il n’y a pas de solution au terrorisme qui passe par un quelconque champ de bataille », selon Seth Jones, l’auteur qui a coordonné le rapport. « Avec le nombre accru d’attaques et leur extension géographique, ajoute-t-il, on peut dire qu’Al Qaida est même en train de gagner du terrain ».

Querelles sémantiques

Cette affirmation a provoqué des ricanements chez certains observateurs du camp conservateur, qui estiment que la “guerre contre le terrorisme” est menée avec succès et devrait être poursuivie comme elle a été commencée. Ils estiment que le nombre de victimes d’attaques terroristes dans le monde est en baisse depuis 2003. La seule raison pour laquelle les renseignements américains indiquent un accroissement des victimes est que les chiffres incluent les attentats en Irak. Attentats qu’il faudrait plutôt, selon eux, qualifier de « crimes de guerre », non d’attaques terroristes.

« On est en train de gagner la guerre contre le terrorisme, en fait on a presque gagné cette guerre », selon James Jay Carafano, de l’Heritage Foundation. « Les attaques terroristes ont décliné depuis 2003 », dit-il. Si vous regardez les sondages, vous constatez que la popularité d’Oussama Ben Laden est en baisse partout dans le monde musulman. La seule chose qui reste à faire est de pénétrer au Pakistan et de nettoyer les zones tribales où on pense que Ben Laden se cache ».

Les experts en faveur d’un changement de la stratégie antiterroriste sont d’accord pour dire qu’il y a eu des succès dans la lutte contre Al Qaida, particulièrement en Irak. Mais si Al Qaida a été refoulé avec succès de certaines zones d’Irak, c’est parce que l’armée a commencé à employer des méthodes relevant du maintien de l‘ordre.

Changer de méthode

« Pour réussir dans la lutte contre le terrorisme, il faut appliquer les mêmes méthodes que celles qu’on emploie contre la criminalité. Il faut avoir une bonne connaissance des quartiers, recueillir de bons renseignements, et disposer d’une information sur le terrain –exactement le genre d’informations dont on a manqué en Irak pendant les trois premières années de notre intervention », selon Gary LaFree, directeur du centre national START (Study of Terrorism and Responses to Terrorism) à l’Université du Maryland. Mais Frank Cilluffo, directeur du Homeland Security Policy Institute à la George Washington University, souhaite qu’on en finisse avec l’emploi de la phrase « guerre contre le terrorisme ». Cette phraséologie renforce la légitimité d’Al Qaida, qui se présente volontiers comme une organisation au service d’une guerre sainte.

« Le vrai centre de gravité de l’adversaire, c’est sa capacité à raconter les événements à sa façon ; c’est là que nous devons l’attaquer en visant à faire chuter l’édifice de lui-même », selon LaFree. Certes, un consensus existe sur le fait qu’Al Qaida est en train de perdre du soutien dans le monde musulman. Mais pour Frank Cilluffo, Al Qaida est lui-même responsable de cet état de fait : « Al Qaida a affiché clairement la couleur et les gens le voient comme il est : une idéologie violente prête à tuer tout et tout le monde sur son passage pour atteindre ses objectifs ».

Jones et quelques autres notent que la plupart des pays occidentaux ont déjà abandonné la notion de “guerre contre le terrorisme”, y compris la Grande-Bretagne. « Les Anglais ont abandonné depuis longtemps toute référence à la guerre contre le terrorisme, en partie à cause de leur propre expérience en Irlande », estime Jones. « Ils ont commencé à engranger des succès quand ils ont mis en œuvre à la fois la Special Branch, leur force de police anti-terroriste, et le MI-5, leur service de renseignements domestiques. C’est l’emploi combiné de ces deux acteurs qui ont réellement permis de pénétrer l’IRA, non pas l’armée ».