Républicains : analyse d’un déclin et perspectives d’avenir

La victoire de Barack Obama marque le début d’une nouvelle ère politique aux Etats-Unis. Les Républicains, qui étaient portés par une dynamique de fond depuis Richard Nixon et Ronald Reagan, doivent réinventer en profondeur leur identité et leur message pour espérer revenir un jour au pouvoir. Analyse du déclin et perspectives d’avenir du "Grand Old Party" (GOP), d’après une minutieuse et très longue enquête de George Packer paru dans le New Yorker le 26 mai 2008 (“The Fall of Conservatism”). 

Le parti républicain n’incarne plus l’ « espoir ». 

"Reagan’s line was, "It’s morning again in America." Bush has been about American dusk" (source : “Republican blues”, par Roger Cohen, International Herald Tribune du 3 novembre 2008).

La philosophie républicaine n’est plus en phase avec le pays : “The movement’s philosophical origins, in the forties and fifties, was a Catholic sense of alarm at the relativism that was rampant in American life, and an insistence on human frailty. The conservative movement began as a true counterculture ; how unlikely that its gloomy creed took hold in America, the optimistic capital of modernity” (George Packer).

Le célèbre journaliste conservateur William Buckley, récemment décédé, avait pressenti le déclin du Grand Old Party depuis la fin de la Guerre froide : “The conservative movement lost its raison d’etre with the end of Communism and never got it back. "

La base sociale du parti républicain s’est rétrécie.

Le GOP a abandonné les classes moyennes en privilégiant les riches à coup de baisses d’impôt, en négligeant toute politique sociale, et en se lançant dans d’ambitieuses voire hasardeuses aventures militaires à l’étranger.

"Today, if you’re not rich or Southern or born again, the chances of your being a Republican are not great.", selon le stratège républicain Ed Rollins, ancient conseiller de Ronald Reagan.

« The Party has lost the middle class by ignoring its sense of economic insecurity and continuing to wage campaigns as if the year were 1980, or 1968. (…) Polls reveal that Americans favor the Democratic side on nearly every domestic issue, from Social Security and health care to education and the environment. The all-purpose Republican solution of cutting taxes has run its course” (George Backer).

“Now most conservatives seem incapable of even acknowledging the central issues of our moment : wage stagnation, inequality, health care, global warming. They are stuck in the past, in the dogma of limited government” (selon David Brooks, journaliste conservateur passé dans le camp d’Obama).

Selon David Frum, un éditorialiste néo-conservateur qui a longtemps écrit les discours de George W.Bush : "There are things only government can do, and if we conservatives wish to be entrusted with the management of government, we must prove that we care enough about government to manage it well."

David Frum considère que la santé est le principal objet de préoccupation de la classe moyenne américaine et que les conservateurs, s’ils veulent revenir au pouvoir, doivent à nouveau « prendre au sérieux » la notion même de gouvernement. Ils doivent aussi cesser de mener les « guerres culturelles » du passé : "how many more elections can conservatives win by campaigning against Abbie Hoffman and Bobby Seale ? Voters want solutions to the problems of today." Rappelons ici qu’Abbie Hoffman et Bobby Seale étaient des leaders du mouvement hippie des années 70.

L’unité idéologique du parti a volé en éclats.

Entre les modérés et la droite du parti, les clivages sont devenus importants. Les ralliements républicains à Barack Obama ont été nombreux au cours des dernières semaines : Colin Powell mais aussi de nombreux éditorialistes républicains (comme David Brooks, mais aussi Christopher Buckley, le fils de William Buckley, grande figure du journalisme républicain des années 1980, récemment décédé).

Beaucoup d’électeurs républicains n’acceptent pas le passage du capitalisme industriel au capitalisme financier, comme cet entrepreneur cité par Roger Cohen : « my Republican party believed in a link between work and reward rather than a culture of flipping toxic mortgage loans to earn tens of millions of dollars a year” (source : “Republican blues”, par Roger Cohen dans l’International Herald Tribune du 3 novembre 2008).

Deux issues possibles à la crise.

1) Le retour aux fondamentaux.

Pat Buchanan, représentant éminent de la droite républicaine catholique, utilise une métaphore maoïste pour vanter les mérites d’un « retour aux sources » : « The conservatives need to, in Maoist terms, go back to Yenan."

Quant à David Frum, il craint une “réaction fondamentaliste” : "The thing I worry about most is if the Republicans lose this election—and if you’re a betting man you have to believe they will—there will be a fundamentalist reaction. Not religious—but the beaten party believes it just has to say it louder. Like the Democrats after 1968".

2) L’adaptation aux temps nouveaux.

Cette option, “réformiste”, est défendue par les modernisateurs, réunis dans un même mépris pour le parti incarné par George W.Bush ou Sarah Palin.

“Conservatives will have to spend some years or even decades wandering across a bleak political landscape of losing campaigns and rebranding efforts and earnest policy retreats, much as liberals did after 1968, before they can hope to reestablish dominance”.

Deux jeunes auteurs conservateurs, Ross Douthat et Reihan Salam (journalistes à la revue Atlantic Monthly), viennent de faire paraître un livre qui donne quelques pistes de réflexion pour un renouveau du parti républicain (Grand New Party : How Republicans Can Win the Working Class and Save the American Dream, editions Doubleday). « In their analysis, America is divided between the working class (defined as those without a college education) and a "mass upper class" of the college educated, who are culturally liberal and increasingly Democratic. The New Deal, the authors acknowledge, provided a sense of security to working-class families ; the upheavals of the sixties and afterward broke it down. Their emphasis is on the disintegration of working-class cohesion, which they blame on "crime, contraception, and growing economic inequality" (résumé par George Packer).

Tout l’enjeu pour le parti républicain va consister à récupérer les voix de la classe ouvrière américaine. D’où, sans aucun doute, un durcissement américain à venir dans les négociations commerciales internationales, qui touchent directement le destin des salariés du bas de l’échelle sociale.

Là est sans doute le talon d’Achille de Barack Obama : la majorité qu’il incarne (« educated, upper-income liberal voters ; blacks ; and the young », majorité rêvée par McGovern dans sa bataille contre Richard Nixon au début des années 1970) ne séduit pas la classe ouvrière blanche traditionnelle.

John Judis et Ruy Teixeira ont publié en 2002 un livre intituled The Emerging Democratic Majority, dans lequel ils montraient que les emplois « post-industriels », souvent occupés par des Noirs diplômés, étaient en croissance beaucoup plus rapide que les emplois de « blue collars » de la classe ouvrière blanche. Est-ce que les Démocrates peuvent se passer du soutien de la classe traditionnelle des « blue collars » ? Tel sera sans aucun doute l’enjeu central d’une éventuelle reconquête du pouvoir par les Républicains.