Grâce à la présence de Bachar El Assad, tout le monde ou presque sera à Paris le 13 juillet. Deux incertitudes seulement : à quel niveau sera représentée la Turquie qui voit dans la proposition française une manœuvre pour mieux refuser son entrée dans l’Union ? Khadafi boudera-t-il toujours ?
L’Union pour la Méditerranée revient de loin. Il a fallu d’abord calmer l’Allemagne, qui n’accepte pas qu’une initiative puisse être lancée sans elle en Europe. Amadouer l’Espagne, vexée de voir le "processus de Barcelone", lancé en 1994 pour équilibrer l’élargissement vers l’Est, passé par pertes et profits. Engager avec la commission une sourde lutte sans merci pour les moyens, les procédures et le pouvoir. Enfin, convaincre les uns de s’assoir à la même table que Ehud Olmert, les autres, de rencontrer Bachar El Assad, et la majorité que l’initiative n’était pas un coup sans lendemain, comme le président français est réputé les apprécier.
Cependant, s’il convient de saluer la performance diplomatique, il faut bien reconnaître que rien n’est réglé sur le fond. Y aura-t-il des moyens financiers supplémentaires pour financer quelques grandes opérations communes ? Les procédures d’engagement seront-elles assouplies ? Où sera localisé le secrétariat, à Tunis ou à Bruxelles ? La gouvernance de l’Union pour la Méditerranée sera-t-elle partagée ou restera-t-elle dans les mains de la Commission ?
Tout se passe comme si, après avoir sauvé la face du Président français, les différentes forces hostiles à son flamboyant projet, s’apprêtaient, les lampions éteints, à le vider de son contenu nouveau.
Si cette hypothèse pessimiste se réalise, l’Europe aura perdu, par la maladresse française et le manque d’ambition des autres Etats-membres, une occasion de s’affirmer comme puissance dans la mondialisation. En effet, la perspective de créer des rapports de coopération, voire des politiques communes avec l’ensemble des pays méditerranéens dans les domaines de l’énergie, de l’alimentation ou de l’environnement est une orientation stratégique hautement souhaitable. Un tel ensemble d’un milliard d’habitants recèle la possibilité de peser dans le jeu de la mondialisation. On ne minimise ni les obstacles ni les haines qui encombrent le chemin. Raison de plus pour s’y engager sans attendre ni mégoter.
