Sortir de la crise des ’’subprimes’’

La crise financière déclenchée par les crédits subprime a déjà produit des dégâts considérables sur l’économie mondiale. Quelques pistes pour en sortir.

La crise s’est étendue à l’ensemble des produits structurés et des valeurs mobilières adossées à des actifs, à la dette des banques, au marché du crédit (credit crunch). Elle a mis en difficulté ou fait disparaître des banques, des fonds de private equity et des hedge funds. Mais on peut penser, avec la majorité des experts, que cette crise financière directe est aujourd’hui derrière nous. La réaction forte, rapide, plutôt bien coordonnée des banques centrales a permis d’éviter la catastrophe et c’est une grande différence avec la gestion de la crise de 1929. On est cependant passé tout près, notamment en février, d’une perte de confiance généralisée. Et les conséquences bancaires et économiques sont encore à venir.

Les pertes réelles des banques ne seront connues complètement que dans les prochains mois et le ralentissement de la croissance est déjà effectif aux Etats-Unis et en Espagne (dont le secteur immobilier est en pleine crise). Les difficultés des banques et leur souci de corriger les excès antérieurs vont provoquer un rationnement du crédit qui mettra en difficulté les entreprises et notamment les PME. Le freinage de la consommation et de l’investissement, s’ajoutant au recul de l’immobilier résidentiel, déclenche une récession, encore aggravée par la hausse des prix de l’énergie, ce qui renforce les difficultés des entreprises. Cet enchaînement semble d’autant plus difficile à enrayer que les marges de manœuvre des pays européens sont réduites : les déficits budgétaires, notamment en France, ne permettent pas de soutenir la consommation et les entreprises en difficulté et le retour de l’inflation pourrait conduire la BCE à augmenter ses taux, en tout cas à ne pas les baisser.

Dans ces conditions, un ralentissement sensible de la croissance, de l’ordre de deux points, sur les deux prochaines années, est une estimation raisonnable. La récession sera plus sévère encore si les prix de l’énergie (en partie spéculatifs) ne baissent pas et si la croissance des pays émergents se ralentit elle aussi. Et surtout si le système bancaire et financier n’engage pas rapidement une révision des règles prudentielles actuelles (Bâle II et Solvency II) tout en évitant que ces nouvelles règles ne découragent pas la détention d’actifs risqués. Plus généralement, la sortie de crise repose sur des régulations institutionnelles adaptées à son ampleur : des politiques monétaires accommodantes pour reconstruire les profits bancaires, des déficits budgétaires temporaires, voire même des interventions de nature exceptionnelle des banques centrales jouant le rôle de prêteur en dernier ressort pour éviter de nouvelles faillites bancaires.