Désintégration (probabilité : 25%). On pourrait penser à un scénario comparable à celui du Pérou (après la mort d’Abimael Guzman, le Sentier Lumineux avait disparu). Ce scénario est peu probable : Marulanda était un leader parmi de nombreux autres, tous engagés auprès du groupe depuis les années 1960 et 1970. Contrairement au Sentier Lumineux, les FARC disposent de structures de direction et d’un organigramme permettant une succession. En plus, on ne sait pas vraiment si Marulanda était vraiment aux commandes au cours des dernières années.
Cohésion renforcée et accroissement des actions militaires (probabilité : 35%). Les dernières années de Marulanda ont ressemblé aux dernières années d’exercice du pouvoir par Fidel Castro ou à la Chine à la fin de Mao : une nouvelle génération attend son tour dans l’ombre. Si et seulement si Alfonso Cano, le successeur désigné de Marulanda, s’avère capable de prendre l’ascendant sur les autres leaders des FARC en renforçant la combativité idéologique des troupes, alors les FARC pourraient devenir plus dangereuses et le conflit pourrait s’intensifier. Il va être intéressant de voir si Cano, qui dirige la faction plus modérée et plus « politique » des FARC, essaye d’améliorer l’image de la guérilla auprès des paysans pauvres de Colombie. Depuis des années, les FARC ont eu tendance à penser que l’argent de la drogue et les démonstrations de force pouvaient leur permettre de négliger la conquête des cœurs et des esprits.
Fragmentation (probabilité 40%). Avec la mort de Marulanda, un conflit de pouvoir pourrait éclater au sein de la direction des FARC. Des purges ne sont pas à exclure, ou des scissions entre modérés et « jusqu’au-boutistes ». Ces derniers, en particulier Mono Jojoy, qui est de facto le leader militaire des FARC, ont toutes les chances de remporter la bataille. Leurs unités sont les plus riches grâce au trafic de drogue, elles sont plus nombreuses et mieux armées. Les unités modérées sont moins fortes sur le terrain et pourraient disparaître en abandonnant le terrain à un noyau militaire engagé sur la ligne dure.
Dans ce cas et paradoxalement, l’armée colombienne aura sans doute plus de facilités à obtenir une victoire militaire dans les 5 à 10 ans, ce conflit finissant par ressembler à une banale confrontation entre l’armée et des hors-la-loi comparables à des cartels de drogue. Ce ne sera pas la fin de la violence dans les régions pauvres et ingouvernées de Colombie, mais la fin des FARC en tant que catalyseurs de cette violence.
