Tzipi Livni a besoin des Etats-Unis

La ministre des affaires étrangères du gouvernement israélien Tzipi Livni a gagné l’élection pour la présidence du parti Kadima. Elle remplace Ehud Olmert, usé par les scandales. Elle doit maintenant chercher à former un gouvernement de coalition à la place du Premier ministre sortant. Directeur du Centre d’études européennes de l’université de Herzliya, à côté de Tel-Aviv, et ancien ambassadeur d’Israël en Allemagne, Avi Primor analyse ses chances de succès, dans un article publié le 19 septembre par le quotidien de Munich, Süddeutsche Zeitung. Extraits (traduction FM).

(…) Comme Olmert, Livni vient de la droite. Mais tous les deux ont au cours des dernières années pris un tournant. Longtemps ils ont cru que les territoires palestiniens occupés appartenaient à l’Etat juif pour des raisons historiques et religieuses. Petit à petit ils se sont convaincus que l’annexion de ces territoires n’était pas réaliste. Et que l’annexion aurait des conséquences désastreuses pour Israël. Dans le passé, ils pensaient pouvoir garantir la possession de ces territoires par une politique intensive de construction de colonies et de peuplement par des Juifs. Maintenant au contraire, tous les deux considèrent la colonisation comme un obstacle sur la voie de la seule solution qui peut garantir la survie de l’Etat d’Israël comme Etat juif et démocratique. Cette solution est l’abandon des colonies et la création d’un Etat palestinien coexistant pacifiquement avec l’Etat hébreu. Cela suppose aussi la paix avec la Syrie et le Liban, avec la restitution du Golan.

S’il y a une différence entre Olmert et Livni, elle réside dans la question suivante : Livni est-elle en mesure de mettre en œuvre cette politique pragmatique et réaliste ?

(…) Olmert était faible, non à cause de sa situation personnelle délicate ou de la précarité de sa coalition. Son problème était plutôt l’attitude sceptique de la majorité des Israéliens par rapport à ses projets de paix. De nombreux sondages montrent qu’une forte majorité en Israël s’oppose de manière véhémente aux négociations de paix et aux concessions nécessaires vis-à-vis des Arabes. Bien que ces mêmes sondages montrent qu’au moins les deux-tiers des Israéliens seraient prêts à accepter des compromis.

Le problème, qui est la préoccupation essentielle de la plupart des Israéliens et auquel ils sont sans cesse confrontés depuis la création de l’Etat en 1948, est la question de la sécurité. Si l’on peut les convaincre que des concessions vont apporter la sécurité, ils sont prêts à tout. Ca a été le cas avec l’Egypte en 1979 et avec la Jordanie en 1994. Mais aujourd’hui les Israéliens ne croient pas qu’un traité de paix avec Mahmoud Abbas pourrait leur garantir la sécurité. Car Mahmoud Abbas est certes personnellement crédible mais il est affaibli par la guerre civile entre Palestiniens. Ils ne croient pas non plus que l’ennemi traditionnellement le plus dangereux, la Syrie, peut les débarrasser de leurs craintes, au moins aussi longtemps qu’elle n’a pas obtenu ce qu’elle veut. Et sa satisfaction ne dépend pas seulement d’Israël. Pour les Syriens, la condition de base d’un accord de paix avec Israël est que les Etats-Unis s’impliquent activement dans sa mise en œuvre. Comme ce fut le cas avec l’Egypte à la fin des années 1970. Or George W. Bush n’y est pas prêt. Contrairement à son adversaire au sein de Kadima, le nationaliste de droite Shaul Mofaz, Tzipi Livni est une pragmatique prête à passer des compromis. Pour réussir, elle a besoin du soutien des citoyens. Mais elle ne l’aura pas sans aide internationale.