Vivre dans ’’un monde de ressources rares’’

L’association « Entreprises pour l’environnement » (EpE), le lobby des grandes firmes concernées par le développement durable, vient de publier une étude prospective sur l’ « économie de la rareté ». Sous l’effet de la démographie et du développement social, la rareté sera « sans aucun doute le déterminant majeur de l’économie des ressources naturelles à l’horizon 2020 ». L’étude prospective de l’EpE propose « quelques clés de lecture pour l’avenir et suggère des pistes pour permettre à chacun d’alimenter sa stratégie d’acteur économique, producteur ou consommateur, dans un monde de rareté ». Source : http://www.epe-asso.org/  

La voie dite de la sobriété (réduire la demande) n’est pas traitée dans cette prospective à horizon 2020 : cette rupture de comportement, portée par les militants de la décroissance, nécessitera probablement une ou deux générations pour être adoptée à une large échelle, et n’est aujourd’hui pas une réponse adaptée aux pays en développement.

Dématérialiser l’économie apparaît indispensable pour donner raison aux projections optimistes des économistes (une multiplication par quatre du PIB mondial à l’horizon 2050) et démentir les prédictions d’effondrement de la disponibilité des ressources et de leurs services associés.

L’augmentation rapide de la demande en matières premières amplifiera la rareté, déjà observable sur nombre d’entre elles. Dans une économie de marché, les prix suivront logiquement cette hausse de la demande. Cette hausse des prix sera renforcée par le renchérissement attendu de l’énergie nécessaire à leur extraction, leur transformation ou leur transport, et par la généralisation du principe « pollueur-payeur »...

Les entreprises doivent faire face au paradigme de la rareté et l’intégrer dans leur stratégie de court, moyen et long termes : en développant l’éco-conception de leurs produits et services pour les rendre économes en matières premières, en favorisant le recyclage ou tout au moins la valorisation de la matière en fin de vie, et en déplaçant leur offre vers l’économie de fonctionnalité, où la vente d’un service - l’usage d’un produit - se substitue à celle du produit.

Trois voies majeures ont été identifiées dans le Groupe de Travail afin de satisfaire les besoins tout en cherchant à préserver la ressource :

1) Diminuer la consommation de matière pour un usage donné,

Première solution : l’éco-conception. L’exemple de Renault : une politique qui a permis au groupe Renault d’enregistrer des résultats très significatifs de réduction de consommation entre 1996 et 2005 :

- moins 66% de déchets dangereux en kg/véhicule,

- 77% des déchets mis en Centre d’Enfouissement Technique,

- moins 50% d’eau consommée par véhicule.

Renault a aussi fait de l’intégration de plastique recyclé dans ses véhicules un axe fort de développement. La Modus intègre 18kg de plastique recyclé avec un tableau de bord composé pour moitié de matières issues de recyclage (anciens véhicules ou emballages) et l’intégration est ciblée à 20% par véhicule pour 2015.

Autre piste : l’économie de fonctionnalité, qui consiste à remplacer la vente d’un produit par la vente de l’usage du produit. L’idée est de disjoindre le chiffre d’affaires de la production de biens, donc de réduire les flux de matières premières qui le sous-tendent.

Exemple : un manufacturier de pneumatiques qui remplace la vente de pneus par celle d’un « service pneu » (location, entretien, remplacement). Ce qui signifie moins de consommation de matière première et d’énergie pour la production de pneus, moins d’usure des pneus, etc. Mais il offre aussi des avantages à l’utilisateur : gain de flexibilité, de sécurité, de consommation de carburant (gonflage optimum). Le tout s’effectue à activité constante pour le manufacturier, via un transfert de moyens et de revenus. 

Se fondant sur l’estimation qu’une voiture n’est utilisée que 8% du temps, plusieurs sociétés proposent ainsi aux particuliers du service à la mobilité, adaptable en fonction du profil de l’utilisateur et des périodes d’utilisation : location de voiture à l’heure, facilité sur les transports en commun, etc.Velov à Lyon et Vélib à Paris sont d’autres expérimentations d’envergure dans le domaine, même si leur modèle économique reste fragile.

2) Substituer les matières premières qui s’épuisent et maintenir la capacité de renouvellement des ressources renouvelables.

De nombreuses ressources épuisables ont des substituts, épuisables ou renouvelables, qui peuvent remplir les mêmes fonctions mais à un coût généralement supérieur. L’exemple de l’aluminium : la bauxite est prioritairement exploitée car elle contient 50% d’alumine, mais l’anorthosite, dont le Canada possède des réserves immenses, en contient aussi 25%.

3) Optimiser la fin de vie des produits en recyclant ou revalorisant la matière.

Exemple : l’intégration de plastique recyclé dans les véhicules (tableaux de bord composés pour moitié de matières issues de recyclage, tirées d’anciens véhicules ou d’emballages).