Pas plus en France qu’aux Etats-Unis, la politique étrangère ne fait gagner des élections. Mais elle peut les faire perdre. C’est un principe auquel François Hollande ne doit pas manquer de réfléchir, lui qui ne s’est jamais beaucoup intéressé aux questions internationales. Même quand il était premier secrétaire du Parti socialiste, il ne passait pas trop de temps à cultiver les relations avec les « partis frères ». Pour la campagne de la présidentielle qui entre dans sa phase aiguë en ce début d’année, il a chargé Laurent Fabius de le représenter à l’étranger. Une manière élégante de lui confier une tâche empreinte d’un certain prestige – avec la perspective peut-être illusoire de devenir ministre des affaires étrangères en cas de victoire le 6 mai – et de ne pas l’avoir constamment derrière lui à Paris. Cela dit, mise à part l’intention de renégocier le projet de traité européen décidé par les Vingt-sept moins la Grande-Bretagne le 9 décembre, on n’en sait pas plus sur ses intentions. On peut d’ailleurs se demander si François Hollande mènerait une action diplomatique très différente de celle de Nicolas Sarkozy. Ou en d’autres termes, s’il existe une politique étrangère de gauche. Être dans l’opposition et critiquer les décisions du président de la République est une chose, faire des choix quand on est aux affaires en est une autre. Surtout si l’on en croit Hubert Védrine, pour lequel sur les grandes questions internationales le choix n’est pas entre une bonne et une mauvaise solution. Le défi est de choisir la moins mauvaise. La dernière fois que la gauche a exercé des responsabilités en politique étrangère, c’était précisément quand Hubert Védrine était ministre des affaires étrangères et Lionel Jospin premier ministre. La cohabitation avec Jacques Chirac a un peu brouillé les cartes mais gageons que la politique extérieure française n’aurait pas été fondamentalement différente avec un président issu du même camp que le gouvernement. Avec des nuances, c’est bien ce que Védrine appelle « le consensus gaullo-mitterrandien » qui a guidé les décisions. Ce consensus a-t-il encore un sens quinze ans plus tard ? Face aux crises qui secouent le monde aujourd’hui, que ferait un président de la République venu de la gauche ? D’abord, on peut espérer qu’il mènerait une action moins erratique que Nicolas Sarkozy qui, en cinq ans, a illustré toutes les écoles de pensée en matière de politique étrangère, depuis une sorte de néoconservatisme à la française – « je ne serrerai pas la main ensanglantée des dictateurs » — au réalisme le plus cru – la réception à Paris de Kadhafi et le rapprochement avec Bachar el Assad et autres autocrates arabes – avant un retour à une sorte de d’internationalisme libéral, sous la conduite de Bernard Henry-Lévy, avec l’intervention en Lybie. François Hollande, lui, ne semble pas professer de théorie des relations internationales. Est-il l’héritier du pragmatisme mitterrandien ? un partisan du « droit de l’hommisme » à la Kouchner ? ou un Realpolitiker à la Kissinger, pour lequel seuls comptent les rapports de forces ? Pour le dire autrement : la France a-t-elle toujours un rôle spécifique à jouer et, si oui, en a-t-elle les moyens ? Doit-elle s’en remettre plus ou moins à une Europe qui se voudrait puissance pour démultiplier ses possibilités d’action ? Se voit-elle comme membre de la famille occidentale dans un monde où l’influence de l’Occident semble remise en cause ? Défend-elle des valeurs universelles ou affiche-t-elle une forme de relativisme culturel au nom du refus du conflit de civilisations ? Ces questions sont très concrètes. François Hollande nous doit un grand discours qui, pour le moins, esquisse des réponses.