La campagne d’Obama est lancée

A six mois des élections aux États-Unis, nous publions chaque semaine la chronique de Dick Howard, professeur de philosophie politique à la Stony Brook University dans l’Etat de New-York.  

Nouveau logo, nouveau slogan : Barak Obama est entré officiellement en campagne cette semaine avec la publication d’une vidéo de sept minutes sous le titre « Forward »… 

Il s’était fait élire en 2008 sous le slogan « Change ». Il faudra d’abord qu’il montre qu’il a été fidèle à cet impératif — ce qui n’est pas évident si l’on regarde l’état de l’économie. Il va donc rappeler les conditions économiques en 2009, lorsqu’il a assumé la présidence. Il insistera sur les réformes réalisées depuis, par exemple la re-réglementation de Wall Street, la réforme du crédit aux consommateurs, et — au fur et à mesure que les conditions s’améliorent — sa politique économique. Il ajoutera ses succès en politique étrangère, par exemple le retrait des troupes en Irak, la chute de Kadhafi, et sa manière de gérer le Printemps arabe. Enfin, le tout sera résumé par une phrase : « Oussama ben Laden est mort et Général Motors est vivant ».

Le parti républicain n’aura pas de mal à souligner des aspects négatifs dans les trois années du gouvernement Obama. Mais laissons aux Républicains le soin d’articuler leurs critiques. Pour sa part, Obama n’hésitera pas à les critiquer à son tour pour leur refus de tout compromis. Des deux côtés, la campagne sera donc très critique.

Le rôle des Clinton

Ce ne sont pas simplement les républicains qui critiqueront Obama. Des dissensions existent au sein du parti démocrate. Beaucoup de critiques d’Obama viennent du camp de l’ex-président Clinton et de ceux qui soutenaient Hillary Clinton lors des primaires de 2008. Or, Hillary Clinton est actuellement une très populaire Secrétaire d’état. Plus important, depuis quelques semaines Bill Clinton est devenu un supporteur très actif de Barack Obama. Son récent livre, « Back to Work », propose un agenda qui plaît à l’aile progressiste du parti. Concrètement, le soutien de Bill Clinton se révèlera très important chez cette classe de la population qu’on appelle des « Reagan Democrats », c’est à dire des ouvriers blancs, souvent catholiques et habitant des Etats du Midle-West (par exemple, l’Ohio, la Pennsylvanie, le Michigan). Ce sont ses gens-là, qu’on appelle à tort des indépendants, qui sont le plus réceptifs aux critiques présentant Obama comme un élitiste qui méprise les gens du commun. Et ce sont ces gens-là auxquels Bill Clinton sait parler.

Ajoutons par ailleurs que le soutien de Bill Clinton n’est pas simplement celui d’un patriote œuvrant pour le bien de la patrie. Hillary Clinton, qui quittera le gouvernement en 2012 pourra très bien être candidate pour la présidence en 2016, à la fin d’un deuxième mandat d’Obama.

 

En politique étrangère Mitt Romney a attaqué Obama cette semaine, en critiquant par exemple les négociations avec l’Iran sur le nucléaire, et la politique des droits de l’homme en Chine... C’est difficile pour le président candidat Barack Obama de répondre à ces critiques. Il devra laisser parler d’autres membres du parti — et ce sera notamment le président de la Commission des Affaires Étrangères au Sénat, John Kerry — candidat Démocrate malheureux à la présidence en 2004 — qui portera non seulement la défense mais la contre-attaque. Kerry s’y prêtera d’autant plus volontiers que, logiquement, il sera appelé à remplacer Hillary Clinton au Département d’État. D’ailleurs, en tant que Sénateur du Massachussetts, l’Etat où Mitt Romney fut gouverneur, John Kerry est bien placé pour porter le fer contre le candidat Républicain comme girouette sans conviction prêt à épouser n’importe quelle politique.

Fin de la guerre en Afghanistan ?

 En marge de la campagne, Obama a fait à Kaboul un voyage surprise. La position domestique de Karzai a été renforcée par cette visite—mais pas celle d’Obama : il a fait un discours pour rappeler les causes de la guerre, le 11 septembre et Al Qaida, et affirmé que si on avait eu tendance à oublier le vrai but de la guerre, désormais, depuis trois ans –depuis que Barak Obama est là – on a retrouvé son véritable objectif, en finir avec Al Qaida. La mort de son chef, dont le nom n’est pas mentionné, les négociations avec les talibans, le retrait prévu pour 2014, le soutien qui sera néanmoins apporté aux Afghans – mais sans bases permanentes, tout cela annonce la fin d’une guerre longue de dix ans, qui a coûté cher en argent et en vies humaines.

Les Etats-Unis, dit-il, ont besoin d’un renouveau, ce qui est symbolisé par la nouvelle tour à Manhattan, qui vient de dépasser la hauteur du Empire State...Le problème, c’est que les Américains ne sont pas prêts à rester si longtemps là-bas ; ils sont 55% par exemple à s’opposer à la poursuite de cette guerre, et seulement 30% à la soutenir.

Occupy Wall Street et Dream Act

Il y a également des divisions au sein des forces dites « progressistes » dont le soutien sera important pour Obama : parmi ces forces il y a le mouvement « Occupy Wall Street » qui avait promis de reprendre le devant de la scène politique le 1er mai… Bien sûr, ils avaient appelé à manifester le premier mai pour marquer une alliance de principe avec le mouvement syndical et ouvrier. Mais c’est aussi un signe de de l’ambigüité du mouvement qui reste fixé sur les schèmes du passé au lieu de penser l’avenir de la démocratie. Et pourtant, quels que soient les succès immédiats du mouvement, on peut dire qu’il a contribué à transformer le vocabulaire du politique, et donc l’imaginaire populaire en introduisant le concept des « 99 % » dans le débat. Un mot ne peut sans doute pas changer la politique concrètement ; mais il s’agit d’une campagne électorale, et là, en effet, on ne pourra plus éluder les « 99 % ». Alors que le Tea Party s’engage dans la politique, on peut dire que « Occupy » se préoccupe de l’avenir du politique.

 

Chez les Républicains cette semaine on parle d’une proposition de loi dite « Dream Act »… C’est un concept, ce n’est pas — ou pas encore — une proposition de loi. Il s’agit d’inventer une façon de régulariser la situation des jeunes gens que leurs parents ont amenés illégalement dans le pays, qui y ont passé toute leur vie, y ont été scolarisés, et ne connaissent pas leur pays d’origine. Mais l’importance du concept, c’est qu’il a été employé cette semaine par le jeune sénateur de la Floride d’origine cubaine Marco Rubio, un candidat potentiel à la vice-présidence, qui faisait campagne aux côtés de Mitt Romney. Or Mitt Romney avait pris des positions sévères contre cette proposition lors des primaires. Est-ce un signe que Romney cherche à se recentrer pour s’attirer des votes hispaniques ?