Diplomatie et bombardements : le conflit syrien dans l’impasse

Alors qu’un accord prévoyant un cessez-le-feu en Syrie dans un délai d’une semaine a été conclu à Munich à l’occasion de la Conférence annuelle sur la sécurité, les bombardements russes sur Alep dans le nord du pays et l’encerclement de la ville tenue par l’opposition à Bachar el-Assad, se poursuivent. Si les Russes ont l’intention de négocier, ils veulent le faire à partir d’une position de force au risque de saboter les pourparlers sur une transition politique.

D.R.
La ville bombardée

Les bombardements intensifs de l’aviation russe sur le nord de la Syrie ont permis à l’armée syrienne et à ses milices supplétives de se rapprocher de la frontière turque pour tenter de couper les approvisionnements militaires des groupes rebelles.
Une promesse de cessez-le-feu a été conclue lors d’une réunion, jeudi 11 et vendredi 12 février à Munich, entre le secrétaire d’Etat américain John Kerry et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov en présence des représentants des 17 pays membres du Groupe de soutien international à la Syrie (ISSG – International Syria Support Group). Cet accord – à l’arraché – a pour objectif la reprise des négociations de Genève le 25 février.
Mais des doutes subsistent sur les intentions des différents protagonistes. En effet, Bachar el Assad et son ministre des Affaires étrangères ont tour à tour déclaré faire peu de cas de ces négociations qui se déroulent hors du territoire syrien avec des groupes qu’ils qualifient de « terroristes ».
Turcs et Saoudiens, principaux parrains des groupes rebelles, ont, de leur côté, menacé d’intervenir militairement pour briser l’étau qui se resserre sur les forces d’opposition principalement dans la ville d’Alep et ses alentours. Des avions saoudiens se sont déployés sur la base turque d’Incirlik dimanche 14 février pour « intensifier les opérations aériennes contre Daech », selon un responsable militaire saoudien. Celui-ci a précisé que ce déploiement s’inscrivait dans la coalition internationale « dirigée par les Etats-Unis » et ne relevait « pas d’une action bilatérale » entre Riyad et Ankara. Dans ce cadre, Riyad n’exclut pas l’envoi de troupes au sol.
Cette décision a suscité une ferme mise en garde de la part de Téhéran. Pour sa part, la Russie a annoncé l’envoi en Méditerranée du Zelyony Dol, une corvette équipée de missiles de croisière de longue portée Kalibr.

Négocier en position de force

Dans cette situation, l’embarras de Washington est palpable. L’implication américaine sur le terrain reste déterminée par l’objectif de combattre en priorité le groupe Etat islamique (Daech). Les Etats-Unis reprochent d’ailleurs à Moscou son offensive contre les groupes rebelles parrainés par leurs alliés turcs et saoudiens. Ils misent sur les négociations de Genève, conduites par l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura, avec pour objectif d’obtenir un arrêt des hostilités qui faciliterait l’acheminement de l’aide humanitaire.
L’offensive russe vise à l’évidence de permettre au régime de négocier en position de force. La ligne de conduite de Moscou et de Téhéran est de ne pas remettre en cause la « légitimité » de Bachar el-Assad comme président de la République arabe syrienne.
L’appui de l’Iran au régime de Damas permet à la République islamique d’opérer la jonction horizontale qui va de Téhéran, à Bagdad, Damas et Beyrouth et de conforter son influence dans la conduite de la politique de l’Irak, de la Syrie et du Liban.
Moscou, fort de la légitimité des accords de coopération militaire avec Damas, opère un retour spectaculaire dans le jeu proche-oriental qui lui permet de prendre l’ascendant sur la coalition occidentale après le relatif revers subi avec les accords de Minsk sur l’Ukraine et la mise en place des sanctions.

Des intérêts inconciliables

Membre de l’OTAN, la Turquie, qui partage 822 kilomètres de frontière terrestre avec la Syrie, a repris les hostilités contre le mouvement kurde turc PKK depuis le mois de juin 2015 et son partenaire kurde syrien PYD/YPG que parrainent Moscou et Damas après qu’il eut été soutenu par Washington lors de la bataille de Kobané contre Daech entre septembre 2014 et juin 2015.
Dans ce contexte, l’appui militaire que fournit Ankara à la rébellion syrienne a trouvé du répondant à Riyad qui, bien qu’étant historiquement le principal allié des Etats-Unis au Proche-Orient, s’oppose au rapprochement entre Washington et Téhéran suite à la conclusion de l’accord sur le nucléaire conclu en juillet 2015.
Ankara et Riyad s’opposent au maintien de Bachar el-Assad au pouvoir alors que Washington et ses alliés européens semblent ne plus exiger le départ du dictateur de Damas depuis l’offensive militaire russe commencée le 30 septembre 2015.
Si Ankara est principalement préoccupé par la montée en puissance des combattants kurdes, Riyad conteste le rôle grandissant de Téhéran sur l’axe Bagdad-Damas-Beyrouth.
Le désengagement de Washington au Proche-Orient a facilité l’intervention de Moscou. Russes, Américains et Européens sont préoccupés par la montée de l’islamisme armé et l’afflux massif des réfugiés fuyant les zones de conflit. C’est leur seul point de convergence qui devrait théoriquement les pousser à s’entendre.
Mais la recherche d’un accord entre les différents protagonistes du conflit s’avère impossible pour l’instant tant les intérêts sont contradictoires et inconciliables.
Le conflit syrien est toujours dans l’impasse.