L’Allemagne à la recherche d’un président

Joachim Gauck, élu président de la République fédérale d’Allemagne, en 2012, ne sollicitera pas un nouveau mandat de cinq ans. Il a annoncé sa décision, le lundi 6 juin, en invoquant son âge. Il aurait 82 ans à la fin d’un second quinquennat. Soutenu par tous les partis représentés au Bundestag, à l’exception de la gauche radicale, Joachim Gauck, ancien responsable de la gestion des archives de la Stasi, a restauré l’image de la présidence fédérale, une charge essentiellement représentative, après des expériences malheureuses avec ses deux prédécesseurs immédiats.

DPA
Joachim Gauck le 6 juin 2016

Au début, Angela Merkel n’en avait pas voulu. Quand, en 2010, Horst Köhler avait démissionné après des déclarations intempestives sur la politique étrangère allemande, la chancelière avait rejeté la proposition des sociaux-démocrates et des Verts d’élire Joachim Gauck à la présidence de la République. Cet ancien pasteur, proche des milieux contestataires au temps de la RDA, qui après la réunification avait géré les archives de la Stasi, la police secrète est-allemande, avec un souci scrupuleux à la fois de la dignité des victimes et de l’Etat de droit, ne lui inspirait pas confiance. N’avait-il pas appartenu au parti Bündnis90-les Verts, réunion des écologistes de l’Ouest et des défenseurs des droits de l’homme de l’Est ? Sans avoir été un opposant actif au régime communiste, il avait fait de sa paroisse de Rostock un lieu de liberté intellectuelle. Sans doute rappelait-il trop à la fille de pasteur Angela Merkel que jusqu’à la chute du mur de Berlin, elle avait plutôt essayé de s’adapter à une situation inacceptable.

Le scandale Wulff

Toujours est-il qu’elle lui préféra un homme du sérail, Christian Wulff, ministre-président du Land de Basse-Saxe, démocrate-chrétien bon teint. La présidence de Wulff s’est terminée au bout de deux ans ans dans le scandale. La chancelière n’avait alors plus d’autre choix que de se rallier à la candidature de Joachim Gauck. Elle n’eut pas à le regretter. Elle craignait ce président « incommode », comme se nommait lui-même Gustav Heinemann, lointain prédécesseur de Gauck à la tête de la RFA. Mais si les relations entre les deux personnalités de l’exécutif ont été fraîches au début, elles se sont réchauffées au cours des années.
Orateur puissant, Joachim Gauck a parfaitement exercé le « ministère de la parole » qui rapproche en Allemagne la présidence de la République de la mission pastorale. Le chef de l’Etat a peu de pouvoirs, sauf celui de nommer le chancelier, et encore doit-il dans la plupart des cas se plier à la majorité du Parlement.

La responsabilité internationale

Mais il peut influencer la politique par ses discours. Joachim Gauck ne s’en est pas privé, que ce soit pour défendre la démocratie libérale, l’Etat de droit, l’accueil des réfugiés – « notre cœur n’a pas de frontières au contraire de nos capacités », a-t-il déclaré —, le respect de la culture de l’autre, voire pour se prononcer en faveur d’une prise de responsabilité internationale, y compris militaire, de la part de l’Allemagne.
Il est la personnalité la plus populaire d’Allemagne, un second mandat aurait été plébiscité. Mais il a craint de ne pouvoir assumer sa charge cinq ans de plus avec la dignité indispensable. Un seul argument aurait pu le faire changer d’avis, que l’Allemagne se trouve dans une crise politique. Ce n’est pas le cas, a-t-il constaté, en annonçant qu’il se retirerait en mars 2017, l’Allemagne est un pays stable dans lequel l’alternance est le signe d’une démocratie en bonne santé.

Nouveau chef de l’Etat, nouvelle coalition ?

Le successeur de Joachim Gauck sera élu en février 2017 par l’Assemblée fédérale (Bundesversammlung), une réunion ad hoc des 630 députés au Bundestag et autant de représentants désignés par les parlements régionaux. Aucun parti n’y détient actuellement la majorité absolue nécessaire aux deux premiers tours de scrutin. Au troisième, la majorité simple suffit.
La chasse au candidat a commencé. La gauche radicale propose une candidature commune avec le SPD et les Verts, qui pourrait être considérée comme le signal d’une nouvelle coalition gouvernementale « de gauche ». Cette idée n’a aucune chance d’être retenue. Le SPD présenterait bien Frank Walter Steinmeier, l’actuel ministre des affaires étrangères, mais Angela Merkel n’en veut pas. Aussi les sociaux-démocrates laissent-ils à la CDU-CSU le soin de tirer la première.
Les tractations pour la présidence de la République et le scrutin de février préfigureront la prochaine coalition gouvernementale qui sera issue des élections législatives de septembre 2017.