La longue marche d‘Armin Laschet pour la succession d’Angela Merkel

Le congrès de la CDU a élu le 16 janvier Armin Laschet, ministre-président de la Rhénanie-Westphalie, à la tête de la CDU. Celui-ci l‘a emporté au second tour, avec 52,8 % des suffrages, sur son principal concurrent, Friedrich Merz, ancien président du groupe parlementaire CDU-CSU. Avant d’être éventuellement désigné par la CDU et son parti frère, la CSU, comme candidat à la chancellerie, il trouvera sur sa route le président de la CSU, Markus Söder, ministre-président de la Bavière.

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Armin Laschet

L’année des décisions électorales en Allemagne a commencé. La CDU (l’Union chrétienne-démocrate de la chancelière Angela Merkel) vient d’élire son nouveau président, enfin. Un président qui doit conduire la CDU dans la campagne pour les élections du 26 septembre et tenter de la reconduire à la chancellerie qu’Angela Merkel va quitter définitivement. Armin Laschet, est-il le futur chancelier de l’Allemagne ? Celui qui deviendra le partenaire principal d’Emmanuel Macron ? On n’en est pas encore là.

Depuis le 22 janvier, jour de son intronisation officielle à la tête de la CDU, Armin Laschet se trouve au début d’une nouvelle course, celle vers la nomination du candidat à la chancellerie, une course qu’il n’a pas encore gagnée. Ce n’est pas avant le mois d’avril que Laschet, le nouveau patron de la CDU, et son homologue Markus Söder, chef du parti frère, la CSU bavaroise, se mettront d’accord sur le candidat commun soit, en langage politique, sur une proposition commune aux deux partis qui désigneront ensemble leur candidat à la chancellerie. Ce sera l’un des deux. La course Laschet contre Söder est lancée.

Depuis la démission d’Angela Merkel de la présidence du parti en octobre 2018 et l’échec d’Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK) après quatorze mois seulement à sa direction, suivis de sa propre démission en février 2020, la CDU est à la recherche d’elle-même. Reporté plusieurs fois à cause de la crise du coronavirus, le premier congrès national virtuel du parti a été organisé les 15 et 16 janvier pour élire la nouvelle équipe dirigeante – par un vote électronique qui devait être confirmé par un vote écrit par correspondance pour être valable. Pour la position du président du parti, des trois candidats en présence, Armin Laschet, le ministre-président de la Rhénanie du Nord-Westphalie, est sorti vainqueur.

Le merkélisme sans Merkel

L’expérience du pouvoir et l’espoir de continuer une politique merkélienne sans Merkel, l’ont emporté chez les 1001 délégués du parti sur le désir de réanimer, avec Friedrich Merz, son principal concurrent, le vrai parti conservateur, que Merkel aurait abandonné, ou bien de chercher, avec Norbert Röttgen, le troisième candidat, à devenir un parti plus moderne, plus féminin, plus divers, plus digital, ce que la pure gestion du pouvoir à la Merkel n’aurait pas réussi. Au moment où la CDU maintient toujours une belle avance dans les sondages grâce à la chancelière et à sa performance dans la crise sanitaire, une majorité des fonctionnaires du parti n’avaient évidemment pas envie de rompre avec ses succès. Or, le succès de la CDU aux prochaines élections est loin d’être assuré et son nouveau président, Armin Laschet, est loin d’être sûr d’être son candidat à la chancellerie.

Pendant des mois, la crise sanitaire a caché la face politcienne de la CDU. Certes, les trois candidats à la présidence ont fait campagne, mais pas trop, car la gestion de la crise prime tout, toujours, et elle contribue à la hausse dans les sondages. Il ne fallait surtout pas déranger cette image d’unité. Aussi les candidats ont-ils fait campagne en virtuel. Aucune grande réunion, aucun bain de foule parmi les supporters. Laschet avait l’avantage d’être visible parmi les gestionnaires de la crise, alors que ses adversaires, dépourvus de responsabilités opérationnelles, se trouvaient marginalisés. Mais cela ne s’est pas traduit dans les sondages. Au contraire, Merz est resté toujours largement en tête, et Röttgen, qui était loin derrière, est parvenu à égaler Laschet – dans les sondages, mais non auprès des délégués. Ceux-ci ont voté. Et maintenant, Laschet se trouve en face de Markus Söder, lui aussi gestionnaire de crise en tant que ministre-président de la Bavière. Encore une fois, dans les sondages concernant cette fois la chancellerie, Laschet se trouve loin derrière. Plus que jamais, dans la gestion de la crise sanitaire, les actions des deux prétendants seront au centre de l’attention.

Deux élections régionales décisives

Mais la décision va encore être prise par des votants, et non par les sondés. Laschet se trouve devant un défi électoral immédiat, raison pour laquelle sa désignation comme candidat à la chancellerie doit attendre le mois d’avril. Le 14 mars, des élections régionales auront lieu en Rhénanie-Palatinat et au Bade-Wurtemberg. Dans les deux Länder, la CDU se trouve actuellement en position difficile. A Mayence, où Helmut Kohl avait commencé sa carrière politique, elle est dans l’opposition. Et à Stuttgart elle est depuis cinq ans la "junior partner" d’un gouvernement dirigé par les Verts. Laschet va-t-il pouvoir aider la CDU à récupérer la première place dans les deux parlements régionaux et à reprendre la direction des deux gouvernements régionaux ? Ou d’un des deux ? Dans l’affirmative, Laschet sera le candidat, sans doute. En poids politique par nombre d’adhérents, la CDU pèse plus lourd que la CSU. Mais dans le cas contraire ?

Rétablir l’unité de la CDU et la rétablir vite, c’est la mission la plus importante de son nouveau président. Car le parti est divisé. La démission d’Angela Merkel de la présidence du parti en 2018 avait déclenché une compétition ouverte entre un courant merkélien qui voulait continuer sa politique, jusque-là réussie, même si dans les sondages CDU et CSU se trouvaient bien en dessous des 30%, les Verts arrivant presqu’à égalité. L’autre courant cherchait à rompre avec le merkélisme pour sauver, à ses yeux, la substance conservatrice de la CDU et récupérer les voix de l’extrême droite de l’AfD.

Un parcours d‘obstacles

Ce clivage au sein de la CDU, dont Laschet et Merz sont les protagonistes, n’a pas disparu. L‘“offre“ généreuse du perdant, Friedrich Merz, rendue publique par lui immédiatement après sa défaite, de ne pas faire partie de la nouvelle équipe dirigeante du parti, mais d’entrer au gouvernement d’Angela Merkel en remplacant le ministe de l’économie Peter Altmaier, a mis Laschet dans l’embarras. La chancelière a déclaré tout de suite qu’elle n’avait aucune intention de remanier son gouvernement. Et Laschet a exprimé ses regrets que Merz ait refusé de rejoindre la direction du parti, comme il le lui avait proposé.

Pour le nouveau président de la CDU, la tâche est donc difficle : A côté d’une chancelière toujours à la barre du pays, il doit réussir deux élections régionales en mars pour s’imposer en avril comme candidat de son parti à la chancellerie afin de reprendre en septembre, pour son parti, la place d’Angela Merkel à la tête du gouvernement fédéral. Ce Rhénan francophile de la région frontalière d’Aix-la-Chapelle est au début d’un long parcours d’obstacles.