Grandes manœuvres au Brésil autour de la succession de "Dilma" 

Alors que les enquêtes pour corruption se multiplient dans les milieux du pouvoir brésilien, l’opposition demande avec de plus en plus de force la destitution de la présidente, Dilma Rousseff, accusée d’incompétence et soupçonnée d’illégalités.
L’ancien président Lula prend la défense de celle qu’il a choisie pour lui succéder en 2010 et qui achève la première année de son second mandat. Les partis préparent dans un climat de crise l’élection présidentielle de 2018.

Marcelo Camargo/Agência Brasil via Wikimedia Commons
Manifestation à Sao Paulo en 2014

La pression monte au Brésil pour contraindre la présidente de la République, Dilma Roussef, à quitter le pouvoir, un an à peine après le début de son second mandat. L’opposition a lancé contre elle une procédure d’impeachment à l’américaine, c’est-à-dire de destitution par le Sénat pour diverses illégalités présumées. L’hypothèse d’une démission de celle qui a succédé, en 2010, au légendaire « Lula », et dont la popularité est aujourd’hui au plus bas, fait l’objet de nombreuses spéculations dans les milieux politiques. L’intéressée, connue pour sa pugnacité, écarte avec force cette idée, accusant ses adversaires de se comporter en putschistes en cherchant à la renverser par ce qui s’apparente, selon elle, à un coup d’Etat. « Utiliser la crise pour arriver au pouvoir, a-t-elle dit, est la version moderne d’un coup d’Etat ».

En ce début de printemps brésilien, les échanges sont particulièrement vifs entre les deux camps. La presse se fait largement l’écho, jour après jour, des déclarations des uns et des autres et des polémiques qu’elles suscitent. Les anciens présidents sont mobilisés. Fernando Henrique Cardoso, dit « FHC », qui fut de 1994 à 2002 le prédécesseur de Lula à la tête de l’Etat et qui demeure, à 84 ans, une des grandes figures du Parti social-démocrate (PSDB), principale formation de l’opposition, répond ainsi à « Dilma », dans le quotidien Folha de S. Paulo, que l’essentiel est de sortir de la crise et que, dans la mesure où le gouvernement « fait partie de la crise » il est légitime de s’interroger sur sa durée. Selon lui, l’équipe actuelle a perdu sa « capacité de gouverner ».

L’intervention de Lula

Autre ancien président, Lula défend l’action de celle qui lui a succédé et qui fut naguère sa ministre de la Maison civile, un poste équivalent à celui de premier ministre. Ainsi n’hésite-t-il pas à endosser le plan d’austérité présenté par Dilma Rousseff et vivement contesté au sein même de la coalition au pouvoir. Au-delà du soutien personnel qu’il a choisi apporter à la présidente, il veut surtout préserver l’avenir du Parti des travailleurs (PT), dont il fut un des fondateurs. Des calculs politiques expliquent en partie sa position. Si Dilma Rousseff était appelée à se retirer, soit par démission, soit par destitution, elle serait remplacée jusqu’en 2018 par son vice-président, Michel Temer, un des dirigeants du parti centriste PMDB (Parti du mouvement démocratique brésilien), écartant du pouvoir le Parti des travailleurs. Or, Lula, qui aura 73 ans en 2018, n’exclut pas de briguer alors un troisième mandat.

Alors que la présidente appelle ses opposants à respecter le verdict des urnes, qui l’a portée au pouvoir en 2010 et en 2014, ceux-ci rappellent le précédent de 1992, lorsque le président Fernando Collor de Mello fut contraint à la démission après avoir été accusé de corruption. Rien de plus démocratique, disent-ils, que l’application d’une procédure prévue par la Constitution. Les grandes manœuvres ont donc commencé pour la succession de Dilma Rousseff. Son vice-président, Michel Temer, a tenu des propos ambigus, déclarant, dans un premier temps, que la présidente aurait du mal à se maintenir au pouvoir avant de l’assurer, dans un second temps, de son soutien. Ce sont surtout les dirigeants du Parti social-démocrate (PSDB), concurrent numéro un du Parti des travailleurs, qui préparent l’alternance. Aécio Neves (55 ans), ancien gouverneur du Minas Gerais, battu au second tour de l’élection présidentielle, en 2014, par Dilma Rousseff, semble aujourd’hui le mieux placé pour être le candidat du PSDB en 2018. Mais les noms de deux autres anciens candidats à la présidence, Geraldo Alckmin (63 ans), actuel gouverneur de l’Etat de Sao Paulo, qui échoua contre Lula en 2006, et José Serra (73 ans), ancien maire de Sao Paulo puis gouverneur de l’Etat, qui fut devancé par Dilma Rousseff en 2010, sont également cités.

Une triple crise

La crise politique se nourrit des nombreuses affaires de corruption qui touchent le Parti des travailleurs, dont un ancien trésorier, Joao Vaccari Neto, vient d’être condamné à quinze ans de prison. Elle est également alimentée par la crise économique, qui se manifeste par le début d’une récession aux conséquences désastreuses. A cette double crise s’ajoute ce que les journaux brésiliens qualifient de crise psychologique, caractérisée par le désenchantement croissant des citoyens et leur méfiance grandissante à l’égard de leurs élus. Après les années de prospérité qui avaient suscité, au temps de Lula, d’immenses espoirs, le temps de l’austérité est mal vécu par une partie de la société. Les défenseurs de Dilma Rousseff dénoncent dans les attaques dont celle-ci est l’objet une offensive politique lancée par une droite qui ne s’est jamais consolée d’avoir perdu le pouvoir. Ils accusent la presse (O Globo à Rio, Folha de S. Paulo et O Estado de S. Paulo à Sao Paulo) de relayer cette campagne et d’en amplifier les effets. Ils reconnaissent que « Dilma » n’a ni l’autorité morale ni l’habileté politique de Lula. Celui-ci, pensent-ils, aurait trouvé les mots, mieux que la présidente actuelle, pour répondre aux assauts de ses adversaires. Aussi se réjouissent-ils que l’ancien président se jette dans la bataille pour tenter de sauver celle qu’il a choisie pour lui succéder.