Dilma Rousseff tente de rassembler ses partisans

Le climat se tend au Brésil où la présidente, Dilma Rousseff, est vivement contestée par une grande partie de l’opinion publique et menacée d’une procédure de destitution devant le Parlement. Face à la paralysie du pays et à la récession de l’économie, certains invitent la présidente à se démettre de ses fonctions sans attendre la fin de la procédure. Dilma Rousseff exclut cette hypothèse et dénonce un « coup d’Etat institutionnel » contre elle. Avec l’aide de Lula, elle s’efforce de rassembler ses partisans.

Fabio Rodrigues Pozzebom/Agência Brasil via Wikimedia Commons
Dilma Rousseff et Lula en 2014

La procédure de destitution engagée contre la présidente brésilienne, Dilma Rouseff, pour « crime de responsabilité » est entrée dans sa phase critique. Si la commission parlementaire chargée d’examiner son cas décide qu’il y a lieu de poursuivre l’action, il appartiendra à la Chambre des députés de renvoyer, ou non, l’affaire devant le Sénat, qui prononcera, ou non, la révocation. La décision de la Chambre des députés, qui devrait intervenir à la mi-avril, sera donc un moment important.

Pour échapper à la sanction, Dilma Rousseff devra rassembler 171 voix (sur un total de 513). Ou, pour le dire autrement, ses adversaires devront réunir 342 suffrages, soit une majorité des deux tiers, pour que le Sénat, à son tour, se saisisse de la question et, selon toute vraisemblance, confirme, en octobre, le vote des députés. La défection de son principal allié, le PMDB (Parti du mouvement démocratique brésilien), ne facilitera pas la tâche de la présidente.

« Un coup d’Etat »

Dilma Rousseff a promis de se battre jusqu’au bout contre ce qu’elle considère comme « un coup d’Etat ». « Une procédure de destitution sans base légale constitue un coup d’Etat institutionnel », répète-t-elle, en affirmant que l’opération qui lui est reprochée – une prétendue manipulation des comptes publics par recours à des emprunts pour maquiller les déficits – est une pratique courante et ne justifie pas la sanction demandée contre elle.

Elle s’efforce donc à la fois de convaincre les députés de sa coalition de la soutenir au Parlement et de mobiliser dans la rue ses partisans pour répondre aux nombreux manifestants qui l’appellent à quitter le pouvoir. Elle a choisi d’enrôler à ses côtés l’ancien président Lula, son mentor, dont la popularité reste grande. Elle tente de faire revivre le vieil affrontement entre la droite des milieux d’affaires et le peuple de gauche, comme au temps où le Parti des travailleurs - son parti et celui de Lula – était plébiscité par une majorité d’électeurs enthousiastes.

Le « petit juge » en vedette

Mais ces électeurs sont aujourd’hui déçus non seulement par la récession de l’économie qui ruine une partie des progrès sociaux accomplis sous la présidence de Lula mais aussi par les affaires de corruption qui touchent tous les partis, y compris le Parti des travailleurs, et qui mettent en vedette le « petit juge » Sergio Moro, devenu le nouveau héros du pays pour son combat contre l’injustice et la prévarication. Dilma Rousseff souligne qu’elle n’est pas personnellement visée par les enquêtes et que son passé répond de son honnêteté.

Il est bien vrai que la procédure de destitution dont elle est l’objet n’est pas liée aux accusations de corruption portées contre certains de ses amis. Mais pour ses adversaires elle ne pouvait pas ignorer les nombreuses affaires qui mettent aujourd’hui en cause son entourage. Elle aurait donc péché au moins par laisser-faire. De plus, Lula est à son tour mis sur la sellette par le juge Moro. En le faisant entrer dans son gouvernement, au poste de premier ministre virtuel, la présidente a donné l’impression qu’elle voulait le soustraire à la justice ordinaire, ce qui a plutôt aggravé son cas.

« Ni Dilma ni Temer »

Qu’elle soit coupable ou non, Dilma Rousseff doit aujourd’hui faire face à une contestation d’une ampleur inégalée. Aussi certains l’invitent-ils à démissionner sans attendre le verdict des parlementaires afin de permettre la remise en marche du pays. C’est ce qu’avait fait en 1992 l’un de ses prédécesseurs, Fernando Collor de Melo, qui avait évité la destitution en se démettant de ses fonctions, à la veille du vote du Sénat. Il avait été remplacé par son vice-président, Itamar Franco. Si Dilma Rousseff choisissait de quitter la présidence, elle laisserait la place à son vice-président, Michel Temer, un des chefs de file du PMDB. Le problème est que celui-ci est également dans le collimateur de la justice et que sa nomination ne mettrait pas fin la crise.

La solution ne consisterait-elle pas à provoquer une nouvelle élection présidentielle ? C’est la position adoptée par le grand quotidien de Sao Paulo, Folha de S.Paulo, dans un éditorial intitulé
« Ni Dilma ni Temer ». Selon le quotidien pauliste, la présidente n’est plus capable de gouverner. Elle est de fait empêchée de remplir sa mission et doit donc en tirer les conséquences en renonçant à la présidence. Mais Michel Temer doit en même temps se démettre de sa fonction de vice-président pour permettre l’organisation d’une nouvelle élection. C’est au peuple qu’il appartient de trancher le conflit, affirme le journal, qui met l’accent sur la paralysie du pays, sur « le pire scandale de corruption » et « la pire récession » qu’a connus le Brésil, et sur la perte d’autorité de Dilma Rousseff. « Je ne démissionnerai jamais », a aussitôt déclaré la présidente en réponse à cet éditorial.