Le choix d’Alexis Tsipras : Lula ou Chavez

Après son ministre des finances Yanis Varoufakis, le nouveau chef du gouvernement grec, Alexis Tsipras, a entamé une tournée des capitales européennes pour préparer la discussion avec ses partenaires de l’UE sur le changement de politique économique en Grèce. Le premier face-à-face aura lieu à la mi-février à l’occasion du prochain Conseil européen des vingt-huit chefs d’Etat et de gouvernement. Après Chypre et Rome, Alexis Tsipras était attendu le mercredi 4 février à Paris. Aucun rendez-vous n’était encore prévu à Berlin avec la chancelière Merkel.

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Alexis Tsipras
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Le quotidien britannique Financial Times a résumé le dilemme d’Alexis Tsipras par deux noms : Lula ou Chavez. Le nouveau chef du gouvernement grec issu de la gauche radicale a le choix, suivre les traces de l’ancien ouvrier métallurgiste, fondateur du Parti des travailleurs, qui a présidé au développement du Brésil en insérant le pays dans la mondialisation tout en réduisant les inégalités ou adopter la terminologie révolutionnaire du lider bolivarien qui, par sa politique économique et sociale fondée sur une gestion administrative de la rente pétrolière, a ruiné le Venezuela.
Traduit en termes européens le choix est le suivant : trouver un modus vivendi avec les institutions européennes pour maintenir la Grèce dans la zone euro et dans l’UE, au prix certes de concessions réciproques, ou adopter une politique économique expansionniste sans égard pour les déficits budgétaires et commerciaux, en risquant de se couper des partenaires européens.

Des premières décisions symboliques

Les déclarations de campagne électorale ne doivent pas être prises au pied de la lettre. Mais les premières décisions du gouvernement, quoique symboliques, comme les prises de positions sciemment provocatrices du ministre des finances, Yanis Varoufakis, laissaient penser que la nouvelle équipe allait mettre en pratique ses promesses électorales, tourner le dos à l’austérité imposée par la « troïka » et se lancer dans une fuite en avant.
Si tel devrait être le cas, l’aboutissement serait prévisible : la sortie volontaire ou forcée de la zone euro, le rétablissement de la drachme avec une dévaluation colossale et une amputation de la richesse pour chaque citoyen grec d’environ un tiers, qui viendrait s’ajouter au 25% de chute du PIB enregistrée depuis le début de la crise en 2011.
Dans divers entretiens avec des journaux allemands, britanniques et français, Yanis Varoufakis, après avoir tenté d’effrayer ses partenaires européens, a défini une ligne plus modérée. Les nouvelles autorités grecques ne veulent pas entendre parler de la « troïka », qui est devenu le symbole honni de la politique menée par la coalition Nouvelle Démocratie-PASOK. Ce que le ministre appelle « le plan illogique appliqué à la Grèce après la catastrophe de 2010. » Elles n’en sont pas moins disposées à négocier avec les représentants de la Banque centrale européenne, de la Commission de Bruxelles et du Fond monétaire international, qui composaient… la « troïka ».

« Comme un drogué qui attend la prochaine dose »

Il n’est plus question de revendiquer un effacement, même partiel, de la dette grecque, un rééchelonnement même partiel suffira. En bon économiste, Yanis Varoufakis a déjà quelques idées originales sur les modalités possibles. Le gouvernement ne veut pas passer sous les fourches caudines des créanciers pour toucher l’aide de 7 milliards d’euros prévue pour la fin février mais il ne veut pas – et d’ailleurs ne peut pas – y renoncer, quitte à remplir d’autres conditions. « Depuis quatre ans, tous les gouvernements [grecs] attendent la prochaine tranche sans se préoccuper de la viabilité de ces emprunts, a déclaré au Monde le ministre des finances. Nous ne vivons pas pour la prochaine tranche comme un drogué qui attend sa prochaine dose ».
Par-dessus tout, Alexis Tsipras et ses amis veulent discuter avec leurs partenaires européens d’un programme de réformes qui ne consiste pas seulement en des coupes claires dans les revenus des particuliers et des économies dans des services publics exsangues. « Nous-mêmes, les Grecs, nous en avons par-dessus la tête de vivre dans un pays qui a tellement besoin de réformes et qui ne les fait pas », a dit Yanis Varoufakis à la BBC. Non seulement, il ne veut pas renoncer aux réformes structurelles, mais il entend « les approfondir ».

Solidarité face à la Russie

Décrite ainsi, c’est la « voie Lula ». Celle aussi que Syriza devrait choisir en politique étrangère. Malgré les déclarations compréhensives à l’égard de la Russie et de sa politique en Ukraine, entendues pendant la campagne électorale, le nouveau ministre des affaires étrangères grec, Nikos Kotzias, ne s’est pas désolidarisé de ses collègues européens quand il s’est agi de maintenir les sanctions vis-à-vis de la Russie, voire de les prolonger si la situation continue de se dégrader.
Dès ses premiers jours au pouvoir, Alexis Tsipras et Syriza ont fait monter les enchères, avant de baisser le ton pour se diriger vers un compromis avec les autres Etats européens.
Ce compromis sera d’autant plus facile à trouver que les interlocuteurs de la Grèce entendront l’avertissement venu d’Athènes. Après quatre ans de crise économique et financière et d’une politique qui a conduit la zone euro au bord de la déflation, il est temps d’opérer un tournant qui tienne compte des intérêts de tous et des préoccupations communes.