Sans accord, la Grèce est menacée de faillite

La réunion des ministres des finances du G7 qui se tient le vendredi 29 mai à Dresde, en Allemagne, est l’occasion de poursuivre les discussions autour du cas de la Grèce. Athènes a reçu un soutien ambigu de la part du secrétaire au Trésor américain Jack Lew qui craint les conséquences d’un « Grexit ». Le gouvernement d’Alexis Tsipras se montre confiant sur la possibilité d’obtenir un accord avec les créanciers internationaux qui permettrait de débloquer 7,2 milliards d’euros d’aide. Sans cette somme, la Grèce serait en cessation de paiement avant la fin juin. Mais les négociateurs européens considèrent que l’engagement du gouvernement de la gauche radicale à Athènes en faveur des réformes est encore trop vague.

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En Grèce

Si l’on prenait au pied de la lettre les déclarations alarmistes sur l’état des finances grecques qui ont été faites depuis l’arrivée du gouvernement de Syriza (gauche radicale), en janvier, la Grèce devrait être depuis longtemps en faillite. Il est vrai qu’un accord provisoire a été conclu en février qui a donné un peu d’oxygène à un pays aux abois, mais la date fatidique se rapproche inexorablement. La Grèce n’a pas le premier euro des 1,5 milliard qu’elle doit rembourser au Fond monétaire international le mois prochain. Selon le New York Times, elle se comporte déjà comme un Etat en faillite, en ayant recours à des expédients pour faire face aux fins de mois (mobilisation de toute la trésorerie des collectivités locales et des représentations grecques à l’étranger) et en ne payant pas ses fournisseurs. Ces tours de passe-passe ne font que repousser l’échéance.

Pas de nouveaux crédits, pas de retraites

Plusieurs membres du gouvernement ont déclaré qu’ils préféraient payer les salaires des fonctionnaires et les retraites plutôt que le FMI. Le premier d’entre eux, Alexis Tsipras, s’est bien gardé de leur emboîter le pas. Il sait que le choix n’est pas entre les retraites et les remboursements car si la Grèce n’honore pas ses engagements auprès de ses créanciers internationaux, elle n’aura plus d’autres crédits, autrement dit elle n’aura pas d’argent pour payer ses salariés et ses retraités.
La Grèce vit sous perfusion. Depuis le début de l’année, la situation s’est aggravée. La détérioration est liée à la victoire de la gauche radicale aux élections du 25 janvier mais à vrai dire elle avait commencé plus tôt dès l’ouverture de la campagne électorale à la fin de l’année dernière. Après une faible croissance en 2014, l’économie est à nouveau en récession. Les capitaux ont fui le pays, même si le secteur bancaire reste apparemment solide, en grande partie grâce aux injections de liquidités par la Banque centrale européenne. Mais son président, Mario Draghi, a averti que ces facilités ne seraient pas accrues.

Chute de la croissance

Dans ces conditions, il est très difficile pour le gouvernement grec de satisfaire aux exigences des « institutions » (Commission de Bruxelles, BCE, FMI) qui ont remplacé la « troïka » honnie. Pour cette année, le précédent gouvernement de coalition droite-socialiste s’était fixé comme objectif un excédent primaire du budget (hors intérêts de la dette) de 3%, avec une croissance du PIB de 2,9 %, et un excédent de 4,5 % en 2016, avec une croissance qui était attendue en hausse. Pour atteindre ces objectifs, les créanciers avaient exigé de nouvelles mesures d’économies évaluées à 1,7 milliard d’euros.
La chute de la croissance ne permettra pas d’atteindre ces objectifs que, de toutes façons, le gouvernement de Syriza trouvait « irrationnels ». Alexis Tsipras visait un excédent du budget de 1% cette année et de 2% l’année prochaine, dont une moitié serait consacrée au remboursement de la dette et l’autre moitié à l’amélioration des conditions de vie des plus démunis. Mais vue l’aggravation de la situation, même ces objectifs modestes supposeraient des économies de 3 à 5 milliards d’euro, soit plus du double que les restrictions envisagées par le précédent gouvernement.
La Grèce continue de consommer plus qu’elle ne produit, malgré une baisse drastique de la consommation en valeur absolue : de 218,5 milliards d’euros en 2009 (avant l’éclatement de la crise) à 162,6 milliards cette année. En valeur relative, la consommation représente toujours 89% du PIB.

Impasse politique

Ces chiffres illustrent l’impasse politique dans laquelle se trouvent Alexis Tsipras et ses amis. 70% des Grecs sont toujours favorables au maintien dans la zone euro. Malgré les sacrifices qu’elle impose, ils craignent encore plus les conséquences d’un retour à la drachme. Mais si quelques acquis sociaux peuvent être encore rognés, comme par exemple le départ à la retraite de certains fonctionnaires avant 60 ans, les coupes claires dans les services publics ont atteint leurs limites. La baisse des salaires et des pensions ne peut indéfiniment se poursuivre, notamment pour les classes populaires. Une remise à plat de la fiscalité est envisageable mais le gouvernement de la gauche radicale peine à s’attaquer aux plus fortunés. Il n’a pas non plus donné l’impression qu’il voulait s’attaquer aux réformes de structures indispensables pour que l’Etat grec cesse d’être une énorme machine à clientélisme, incapable de satisfaire au moindre coût les besoins de la population. Et pour que les fonds européens cessent de soutenir des projets d’infrastructure pharaoniques, avec la corruption collatérale, au profit d’investissements productifs en faveur de tous ces Grecs – il y en a – qui ne rêvent pas seulement de tourisme et d’huile d’olive.