Les deux fronts d’Alexis Tsipras

La Grèce vient d’honorer un remboursement de 750 millions d’euros au Fond monétaire international en puisant dans ses réserves auprès de cette même institution. Le respect de cet engagement lui permet de continuer les négociations avec les « institutions », Commission de Bruxelles, FMI et Banque centrale européenne, qui ont remplacé la « troïka » composée des mêmes. Cependant aucun accord n’est encore en vue qui ouvrirait la voie au versement de la dernière tranche de 7,2 milliards d’euros du deuxième plan d’aide à la Grèce. Le Premier ministre Alexis Tsipras doit se battre à la fois contre les « institutions » pour ne pas dépasser les « lignes rouges » qu’il s’est fixées et contre ses propres troupes qui refusent tout compromis.

Par Loukas Papadimos Prothipourgos, via Wikimedia commons
Alexis Tsipras au Parlement en 2012

Gagner du temps en espérant que l’autre cédera le premier. Tel semble être la tactique du chef du gouvernement de la gauche radicale qui a gagné les élections grecques du 25 janvier. Depuis cette date, Alexis Tsipras cherche à éviter deux écueils qui signeraient son échec : d’une part, l’acceptation des réformes structurelles qui avaient été imposées par les Européens et le FMI au gouvernement grec de coalition entre le centre droit d’Antonis Samaras et le PASOK (socialiste) d’Evangelos Venizelos ; d’autre part, une faillite de son pays qui entrainerait une sortie de la Grèce de la zone euro, à laquelle plus des trois quarts des Grecs sont opposés.

Au bord du gouffre

Pour arriver à ses fins, le chef de Syriza pratique la tactique du bord du gouffre. Il attend le dernier moment – dont la date n’est pas vraiment fixée, puisque les échéances ont été plusieurs fois repoussées et la négociation de la dernière chance toujours jusqu’à maintenant suivie d’une autre. Non sans agacer ses interlocuteurs avec les déclarations tonitruantes et provocatrices de son ministre des finances, Yanis Varoufakis, qui n’a pas son pareil pour se mettre à dos ses collègues européens.
En bon léniniste, Tsipras sait aussi faire un pas en arrière pour ne pas aller trop loin et ne pas risquer la rupture quand il croit avoir encore besoin d’un accord.
Il a été tenté par le recours à la menace d’un renversement des alliances. Mais soit il n’y croyait pas lui-même soit sa visite auprès de Poutine au début du mois d’avril l’a déçu. Toujours est-il qu’il ne compte plus guère sur une aide massive de la Russie, en échange d’une condamnation des sanctions européennes à propos de l’Ukraine, pour sortir la Grèce de la crise.
Il n’y a guère que son ministre de la défense, chef du petit parti nationaliste des Grecs indépendants qui brandisse l’épouvantail de révélations sur les crimes nazis pendant la guerre sorties des archives « secrètes » russes afin d’obliger l’Allemagne à se montrer plus souple.
Tantôt Alexis Tsipras dénonce l’égoïsme de ses partenaires européens qui sont aussi ses créanciers, tantôt il se montre optimiste sur la possibilité d’un compromis de dernière minute.

Lignes rouges

Cinq points seraient, selon lui, encore en discussion avec les « institutions ». Sur un aménagement modeste de la TVA, la lutte contre la fraude fiscale et l’objectif d’excédent primaire du budget (hors service de la dette), les deux parties seraient très proches. Restent deux dossiers épineux : l’assouplissement du marché du travail décidé par le précédent gouvernement, sur lequel Tsipras veut revenir en renforçant le rôle des conventions collectives, et la réforme des retraites. Ces deux points sont les deux « lignes rouges » que le Premier ministre dit ne pas vouloir franchir.
La raison en est simple : c’est ce qui reste des promesses électorales de la gauche radicale. Sur d’autres points, par exemple sur la poursuite des nationalisations, il a été obligé de faire des compromis. Et ce sont les deux prétextes qu’attendent les opposants de gauche au sein de Syriza pour engager le fer avec Alexis Tsipras.
L’opposition interne est double. Il y a d’une part les partisans d’un maintien de la Grèce dans la zone euro aux conditions posées par le nouveau gouvernement sans compromissions avec l’idéologie néolibérale. Le ministre de l’énergie Panayotis Lafazanis est leur porte-parole. Et d’autre part, les adversaires résolus de la monnaie unique qui pensent qu’une sortie de l’euro laisserait les mains libres au gouvernement pour mener la politique économique étatiste dont ils attendent le salut.

A nouveau le référendum

Si une solution se dessine entre les « institutions » et le gouvernement grec, le Premier ministre ne devrait pas avoir beaucoup de mal à la faire accepter par l’opinion, largement favorable à l’euro. L’opposition, essentiellement les partis de l’ancienne coalition, peut difficilement critiquer des mesures qu’elle avait elle-même acceptées. Quant au petit parti de centre libéral pro-européen, Potami, il a annoncé par la voix de son président Stavros Théodorakis, qu’il soutiendrait les réformes « raisonnables ». Pour faire pression sur les députés et amener les éléments critiques de son parti à serrer les rangs, Alexis Tsipras a évoqué un référendum qu’il a de très bonnes chances de gagner.
Le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble l’a félicité pour cette idée. En 2011, c’est parce que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel avaient rejeté la proposition du Premier ministre d’alors, Georges Papandréou, d’organiser un référendum que le premier plan d’aide à la Grèce avait échoué.